International Galileo SAR Meet 2021

Le Sokol AW-3A tchèque est toujours très performant et bien équipé.

Base Aérienne de Koksijde, le 29 septembre 2021. Que de souvenirs me remontent à l’esprit en franchissant le corps de garde de la caserne « Adjudant aviateur Frans Allaeys »: les camps de Pâques des Cadets de l’air à la fin des années soixante et mon instruction au Centre de Formation Militaire, fin 1974. Mais la base est bien connue pour être la tanière de la 40ème escadrille de recherche et sauvetage (SAR) qui est, du 27 septembre au 1er octobre, l’hôte d’un important rendez-vous d’équipages spécialisés venant de plusieurs pays européens. En ce mercredi annoncé pluvieux, ce qui ne sera heureusement pas le cas, le rendez-vous est pris pour assister aux épreuves aériennes de l’ «International Galileo Search and Rescue Meet 2021» qui se tiennent cette année sur une seule journée.

International Galileo Search and Rescue Meet 2021

L’International Search and Rescue Meet est un exercice au cours duquel les équipages hautement spécialisés dans les opérations de recherche et de sauvetage de différentes nationalités européennes se réunissent pour partager des expériences afin d’en tirer des leçons pour rendre les opérations encore plus efficaces, plus sûres et plus rapides.

L’événement se déroule en trois parties:

  • Une partie académique, un colloque au cours duquel chaque nation présente ses missions qui peuvent aller du sauvetage en mer ou à la montagne, ses compétences, son matériel et ses procédures.
  • Des épreuves aériennes de nature difficile où des compétences telles que la précision, la vitesse, l’agilité et le team spirit de l’équipage sont mis à l’épreuve.
  • Un événement sportif teste la cohésion de l’équipage, un facteur important dans les opérations de sauvetage.
Le badge du International Galileo Search and Rescue Meet 2021.

À la fin de l’exercice, la meilleure équipe se voit décerner le prestigieux trophée SAR-Meet.

Le NH90 NFH Caiman équipe la 40ème escadrille depuis 2014.
Trois Westland Sea King les RS 02, 03 et 04, anciennes montures de la 40ème escadrille sont toujours stockés à Koksijde. Depuis le 5 octobre une équipe complète de techniciens effectue des travaux d’entretien nécessaires pour remettre les RS 02 et RS 04 en état de navigabilité. L’équipe est composée de deux spécialistes ex-RAF et de quatre spécialistes ex-BAF et d’un ancien mécanicien navigant.

Une organisation importante

La 40ème escadrille de la Composante Air n’en n’est pas à sa première organisation d’un évènement international SAR. La dernière édition à Koksijde date déjà de 2016 et depuis lors l’escadrille a abandonné ses Sea King pour le NH90 NFH (Nato Frigate Helicopter) et le COVID est passé par là. 2021 marque aussi la 60ème année du service de recherche et sauvetage de nos hélicoptères militaires, raison de plus pour organiser un évènement marquant.

L’équipe organisatrice du International Galileo Search and Rescue Meet 2021: de g.à dr. Brecht, Val et Ken. (Photo Comopsair/40ème escadrille).
La 40ème est équipée de quatre NH90 NFH.

L’organisation de cette rencontre internationale a été mise sous la responsabilité de trois membres expérimentés de la 40ème escadrille:

Le Major aviateur Ken De Feu participe pour la première fois à un SAR Meet. Auparavant pilote dans la 17ème escadrille A109 à la base aérienne de Beauvechain, il a rejoint Koksijde cet été et exerce la fonction d’officier exécutif (EXO), assistant direct du commandant de la 40ème escadrille. Il totalise 1.600 heures de vol sur l’Agusta A109BAi et a entamé sa conversion au NH90 NFH.

La Commandant aviateur Valérie ‘Val’ Verkeyn est une pilote/instructeur SAR expérimentée, totalisant 3.100 heures de vol dont 950 heures sur Sea King et 850 heures sur le NH90 NFH. Elle est en terrain connu car l’édition 2021 est la troisième rencontre SAR en Belgique qu’elle organise. En tant que pilote, elle a déjà participé à plusieurs SAR Meet notamment à Leeuwarden en 2009 où elle a remporté le prix SAR avec son équipage.

L’adjudant Brecht Vandecasteele en est à son 7ème SAR Meet dont trois à l’étranger. Il totalise 3.360 heures de vol dont 2.200 sur Sea King et le reste sur NH90. Très expérimenté, il officie comme instructeur de cabine sur les NH90.

Le dernier SAR Meet organisé à Koksijde remonte à 2016. (Photo Comopsair/40ème escadrille)
De plus en plus de balises de détresse utilisent le système Galileo.

GALILEO

L’Union Européenne s’est associée étroitement à cette rencontre par la promotion de Galileo dans son volet « SAR ». Lancé dans le cadre d’un partenariat public-privé en 2001 mais repris intégralement par Agence Spatiale Européenne en 2007, Galileo est le projet européen de système de navigation et de positionnement par satellites sous contrôle strictement civil (contrairement aux autres systèmes existants qui sont eux sous contrôle militaire) proposant depuis 2016 des services dans les transports maritimes, aériens et terrestres, les opérations de secours et de sauvetage, les travaux publics, la prospection pétrolière, l’agriculture, ou tout simplement associé à la voiture ou au téléphone mobile dans la vie de tous les jours. Il a aussi pour but de garantir l’autonomie de l’Union européenne vis-à-vis des États-Unis et de la Russie dans ce domaine stratégique, notamment dans les applications militaires. Il déploie des facultés avancées par rapport à celles actuellement offertes par le GPS des États-Unisou le GLONASS de la Russie, ou encore le projet Beidou/Compass chinois. Le GPS, système américain militaire bien connu, souffre de nombreuses restrictions sur la précision du positionnement, sur la fiabilité ou sa continuité (le positionnement peut être impossible dans certaines zones du globe et/ou à certains moments, pour des raisons techniques et/ou politiques).

Le jury est composé d’anciens pilotes, opérateurs, plongeurs. (Photo Comopsair/40ème escadrille)

Depuis la déclaration de services initiaux en 2016, Galileo a fourni un service de recherche et sauvetage (SAR), basé sur des transpondeurs installés sur les satellites. Galileo a présenté au cours du meeting des balises commercialisées extrêmement précises dont le service est gratuit. Le service SAR a été intégré dans le programme Cospas-Sarsat, système de détection d’alerte de détresse et de diffusion d’informations par satellites, mieux connu pour détecter et localiser des balises de détresse activées par des avions, des navires ou des randonneurs en détresse. Il n’y a pas de meilleure démo de la précision du système qu’une mission récente. La nuit du 12 septembre 2021, le NH90 de la base de Koksijde a été déployé pour rechercher une balise de détresse qui était active au fond des Ardennes depuis plusieurs heures. La balise a été captée par le SARSAT et l’équipe SAR a pu très rapidement déterminer une position exacte et la nature de la balise de détresse. Après environ 50 minutes de vol, l’équipage a atteint la zone de recherche. C’était une immense zone boisée qui ne rendait certainement pas facile le survol de nuit. Très vite, la position très précise a pu être déterminée. Sur place, du feu était visible. Après avoir cherché une ouverture entre les arbres, un sauveteur plongeur et un infirmier ont été treuillés à 150 pieds entre les arbres pour vérifier la scène. Il s’est avéré qu’il s’agissait d’un groupe de jeunes qui avaient acheté un radeau de sauvetage en ligne et avaient activé la balise. Celle-ci a été éteinte et emportée par l’équipage. Une mission qui finit heureusement bien.

En soutenant le Galileo SAR Meet 2021, l’UE renouvelle et confirme son engagement à inclure les équipes opérationnelles de recherche et de sauvetage dans la définition des évolutions des services, afin de fournir les fonctionnalités dont ils ont besoin pour mener à bien leurs missions de la manière la plus sûre et la plus efficace. Galileo fournit des services de positionnement et de navigation à près de trois milliards d’utilisateurs.

Une participation malheureusement réduite

L’édition 2021 aurait dû compter sur une présence internationale très diversifiée et significative avec 13 équipages, 9 hélicoptères et 12 pays représentés (à savoir les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Italie, la Norvège, la Finlande, la Grande-Bretagne, Chypre, la République tchèque, la Grèce, la Suède, la France, la Slovénie et bien sur la Belgique). Mais les disponibilités opérationnelles et la crise du Covid ont amené 7 pays à renoncer à mobiliser des équipages et hélicoptères durant une semaine, bien que la plupart des pays ‘empêchés’ avaient envoyé des observateurs. Seuls les allemands avec deux hélicoptères, les tchèques avec un appareil ainsi que les norvégiens avec une machine avaient fait le déplacement. Nos voisins du nord étaient représentés par un team civil de la NHV Nederland qui est en charge du SAR aux Pays-Bas.

Les accessoires pour l’épreuve d’hélitreuillage n’attendent plus qu’à être mis en place. (Photo Comopsair/40ème escadrille)
Le jury n’attend plus que les compétiteurs.

Epreuves d’adresse et de précision

L’épreuve aérienne consiste tout d’abord en une navigation de précision dans l’arrière- pays. Mais afin de compliquer les choses, les équipages doivent repérer des détails sur des points marquants du parcours (p. ex: le nombre de fenêtres sur un bâtiment déterminé). Lors des opérations SAR qui se font toujours dans l’urgence, la précision de la navigation est capitale pour trouver les gens en détresse. Ensuite une séance de « bombardement » sur cible au sol avec des sacs de sable. Pour terminer une épreuve d’habilité et de coordination d’hélitreuillage où les équipages doivent faire passer le plus rapidement possible un seau lesté au travers d’obstacles et, in fine, attraper au crochet un flare déclenchant un fumigène de détresse. Pour cela un équipier est descendu au treuil afin de guider les pilotes.

Les pilotes ont une vue réduite vers le bas et ne voient pas le seau et sont donc dépendants des indications fournies par l’opérateur du treuil et l’équipier descendu au sol. Tout contact du seau avec le sol constitue une pénalité. Tout cela avec un vent soutenu en rafales de plus de 60 km/h sous les yeux d’un jury composé d’anciens pilotes et équipiers SAR.

Les teams

Très attendus, les norvégiens sont venus avec le magnifique Leonardo AW101 SAR Queen, mis en service récemment, en remplacement des Sea Kings. Basés à Sola, le 330 Sqn de la Luftforsvaret (Force Aérienne Norvégienne) opère les six premiers AW101 depuis septembre 2020.

L’AW101 lors des épreuves de précision.

Les tchèques alignaient un équipage volant sur un PZL-Swidnik AW-3A Sokol, basé sur le Mil Mi-2 Hoplite. Pas des plus récents, les premiers ayant été livrés en 1990, mais bien équipé d’instruments modernes, il s’agit d’un bimoteur polonais multifonctions qui a encore fait ses preuves lors d’inondations en 2020. Rattaché au 24 Air Transport Wing de Prague -Kbely, le team SAR tchèque fait partie de la 243ème escadrille d’hélicoptères qui a pour mission le transport de personnel mais surtout les évacuations sanitaires et le SAR.

Le Sokol AW-3A tchèque est toujours très performant et bien équipé.
Au terme des exercices de précision, le team tchèque gratifiera l’assemblée d’une époustouflante démonstration acrobatique mettant en valeur l’habilité du pilote et la maniabilité du Sokol.

Les allemands sont venus avec deux appareils. Le MFG 5 de la Bundesmarine alignait un vénérable Westland Sea King Mk41, appareil devenu mythique. Cette unité basée à Nordholz se prépare à la transition sur le NH90 NFH « Sea Lion », dont 18 appareils sont attendus pour 2022.

Toujours vaillant le superbe Sea King de la Bundesmarine arbore un camouflage très efficace en mer du nord.
Le team bien rodé du MFG 5 est le vainqueur du SAR Award 2021 sur la machine la plus ancienne.
Une vue qui manquera bientôt à beaucoup d’afficionados du Sea King.

La Bundeswehr avait détaché un Airbus Helicopters H145 LUH SAR, tout neuf. Le H145 est la version militaire du EC-145, 7 appareils de ce type ont été mis en service en 2020 dans les unités SAR en remplacement des Bell UH-1D.

Le H145 est en service depuis juin 2020, remplaçant le Bell UH-1D qui a été utilisé pendant 50 ans.

Les Pays-Bas ont ‘outsourcé’ leur service SAR à une organisation civile, la Noordzee Helikopters Vlaanderen (NHV) qui participait à l’évènement avec un AS-365N3 Dauphin. La NHV, dont le siège social est à Ostende, est un groupe belge spécialisé dans les opérations d’hélicoptères, surtout actif dans le secteur pétrolier. Ses activités sont diversifiées, allant de l’opération d’hélicos, la formation, la maintenance, y compris pour compte d ‘autres opérateurs. NHV est présente tant en Europe qu’en Afrique de l’Ouest avec un effectif de 600 personnes et opère 58 hélicoptères entr’autre pour le transport de personnel et de matériel vers les plateformes off-shore, la surveillance de parcs éoliens et d’opérations SAR. Sa flotte variée et moderne comprend essentiellement des hélicoptères d’Airbus et de Leonardo de plusieurs types adaptés en taille et performance aux besoins. Cela explique que le Dauphin présent au SAR Meet soit immatriculé en Belgique bien qu’opérant aux Pays-Bas, principalement dans la région de Rotterdam.

Une première en 2021, un team civil participe au SAR Meet. Tout comme le Royaume-Uni, les Pays-Bas ont « outsourcé » leurs opérations SAR.
Le Dauphin de la Noordzee Helikopters Vlaanderen opère aux Pays-Bas, principalement dans la région portuaire de Rotterdam.

Last but not the least, la 40ème escadrille avait aligné deux teams sur NH90 NFH. Un troisième équipage assurait bien sûr la permanence opérationnelle 24h/24h.

Concentration maximale des pilotes en contact avec l’équipier au sol qui leur donne les indications pour bien manœuvrer le seau.
Un Leonardo AW169 destiné aux pompiers brésiliens sous immatriculation italienne temporaire était exposé dans le hangar de la 40ème escadrille.

Au terme des exercices, c’est l’équipe allemande du MFG 5 qui sera déclarée victorieuse et qui repart avec le convoité SAR Award. Une superbe performance et un adieu en panache du « vieux » Sea King dont c’était la dernière apparition à un SAR.

Hangar Flying félicite l’adjudant-chef sauveteur -plongeur Filip Windels, qui s’est vu remettre, en reconnaissance de sa carrière SAR, l’« aile d’or des plongeurs sauveteurs » par l’ Association européenne des plongeurs sauveteurs. (Photo Comopsair/40ème escadrille)

Ce SAR Meet fut l’occasion de mettre en valeur des équipages qui prennent des risques pour sauver des vies. Après tous les efforts entrepris pour réunir un panel attractif, les désistements ont certainement été une déception pour les organisateurs et les nombreux « spotters » mais cela n’a rien enlevé à la qualité des échanges et des démonstrations. De plus, entre deux fronts très arrosés, le ciel de traine a gratifié d’une belle luminosité les nombreux photographes venus assister au ballet des hélicoptères. Merci aux teams PR de Comopsair et de la 40ème escadrille pour l’organisation de la journée.

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Bob Verhegghen

Bob Verhegghen

Né au Congo en janvier 1952. Passionné d’avions militaires et de maquettes dès mon plus jeune âge. Auteur de nombreux articles historiques et ou de maquettisme sur la force Aérienne dans diverses revues et dans la revue KIT de l’IPMS Belgium. J’ai un intérêt particulier pour les planeurs anciens, la Force Aérienne d’après-guerre et les T-6, (R) F-84F, et Mirage. J’ai le soucis de l’exactitude et du détail pour mes maquettes. Pilote de planeur depuis 1977, instructeur avec près de 900 heures de vol je suis l’heureux copropriétaire de l’ASK-13 ex PL-66 des Cadets de l’Air (aujourd’hui D-3438) basé à Temploux.

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