Le C-130H Hercules CH-13 sera préservé à la base de Beauvechain

Le vendredi 30 avril, le CH-13 est tracté vers son emplacement d’exposition au 1WHC. (Photo Louis Bladt)

Beauvechain, 26 avril 2021. Il est 11 heures lorsque le C-130 Hercules CH-13 en provenance de Melsbroek se pose sur la base de Beauvechain au terme de son tout dernier vol qui aura duré une vingtaine de minutes. Ce C-130 deviendra une pièce maitresse du « Golden Falcon » 1 Wing Historical Center (1WHC) qui expose 28 avions ayant servi dans la Force Aérienne ou à la Light Aviation de la Force terrestre.

Il est 11h03 le 26 avril 2021 lorsque le C-130H Hercules CH-13 atterrit pour la dernière fois de sa longue vie. (Photo Louis Bladt)
Le CH-13 se dirige vers l’ancienne zone du QRA où il sera mis en condition d’exposition. (Photo Louis Bladt)
Louis Bladt, très motivé, est un des jeunes bénévoles du musée qui accueille l’avion. Louis n’est autre que l’arrière-petit-fils de Bobby Bladt, le fondateur de la patrouille acrobatique « Les Diables Rouges ». (Photo Louis Bladt)
Les moteurs se sont éteints pour la dernière fois, une nouvelle vie plus statique commence. (Photo Louis Bladt)

La renaissance du Phoenix

Intéressons-nous à ce C-130 qui a une histoire bien particulière.

Vers minuit dans la nuit du 4 au 5 mai 2006, un violent incendie se déclenche dans le Hangar 40 abritant les ateliers de Sabena Technics situés dans l’enceinte de l’aéroport de Bruxelles et destinés à la maintenance lourde des avions. Malgré une réaction rapide des équipes de pompiers et le déclenchement du plan catastrophe, le hangar d’une superficie de 10.000 mètres carrés, s’effondre sur les quatre avions qui s’y trouvent, trois airbus A-320 et un C-130. Les appareils sont totalement détruits par le feu. La perte du C-130H CH-02 de la Force Aérienne est ressentie sévèrement car les Hercules de la F.Aé. sont beaucoup sollicités opérationnellement.

Le CH02 sera détruit dans l’incendie des ateliers de Sabena Technics la nuit du 4 au 5 mai 2006. Il est vu ici en mai 1981 à Melsbroek. (Photo Guy Viselé)
Toujours à Melsbroek en mai 81, le CH-02 dans son seyant camouflage « SEA ». (Photo Guy Viselé)

Afin de dédommager la F. Aé, un deal est conclu entre les parties impliquées par lequel Sabena Technics s ‘engage à trouver un C-130 d’occasion, avec un bon potentiel restant, et à le porter au standard des C-130H du 15èmeWing en y apportant toutes les modifications requises.

L’oiseau rare d’occasion est trouvé aux USA. Il s’agit du C-130E (c/n 382- 4047 USAF serial 64-0552) construit pour l’USAF en 1965. Converti un temps en WC-130E de surveillance des ouragans, les « Typhoon Chasers », il a servi dans diverses unités de reconnaissance météorologiques (WRS). Remis aux standards C-130E, il est finalement retiré du service actif et stocké en juillet 1993 à l’« Aerospace Maintenance and Regeneration Center » ( AMARC), grand lieu de stockage de l’USAF situé à Davis Monthan AFB.

Acquis en mai 1999 par la société Evergreen Helicopters Inc et immatriculé N130EV il connait une brève carrière civile au sein de cette compagnie de fret aérien qui le met en exposition en janvier 2005 dans son musée privé à McMinnville dans l’Oregon.

Racheté par Sabena Technics et remis en état de vol, il commence son convoyage vers Bruxelles le 22 mars 2007 où il n’arrive que le 8 avril. La remise au standard de la F. Aé prendra plus une année jusqu’en fin 2008 quand commencent le 7 décembre les vols de test.

Le N130EV arrive à Bruxelles le 8 avril 2007. (Photo P. Deweert, archives Frans Van Humbeek)
Le C-130E sera remis au standard F. Aé dans les ateliers de Sabena Technics. (Photo Eric Dessouroux)

CH-13 ou CH-14?

L’avion arrive au 15ème Wing le 6 mars 2009. Il porte l’immatriculation CH-14, ce qui ne manque pas de susciter des interrogations. Notre Force Aérienne serait-elle superstitieuse?

Ceci amène notre ami Gérard Gaudin, journaliste bien connu de l’agence Belga, spécialisé défence, à nous narrer cet épisode peu connu du CH-14 via sa dépêche du 1er février 2007:

« L’armée verse dans la superstition: pas de C-130 CH-13

L’armée a décidé de faire une exception à la règle en vigueur depuis des décennies pour l’immatriculation de ses avions en choisissant de ne pas utiliser le chiffre 13 pour le C-130 d’occasion dont elle prendra livraison d’ici deux ans, a-t-on appris jeudi de sources concordantes. Cet appareil, destiné à remplacer un C-130 détruit en mai dernier lors d’un incendie à Zaventem, sera en effet immatriculé CH-14 et non CH-13, selon la logique habituelle, a admis le ministère de la Défense, sans pouvoir indiquer qui avait pris cette décision.

La société Sabena Technics, qui s’est occupée de dénicher cet avion et se prépare à le remettre en état, a reçu comme instruction de le considérer comme le CH-14.

La Belgique avait pris livraison en 1972 et 1973 de douze C-130 Hercules, immatriculés de CH-01 à CH-12. Jusqu’à présent, l’armée avait échappé à la superstition en utilisant systématiquement le chiffre 13 pour tous ses types d’avions et de véhicules. Selon un recensement effectué par un passionné d’aviation, 22 appareils porteurs du matricule 13 ont, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, terminé leur carrière sans accident sérieux, alors que quinze ont retirés d’emploi après des accidents divers – mais pas toujours fatals, dont le Mirage 5 BA-13, le F-104G Starfighter FX-13, les F-16 FA-13 (monoplace) et FB-13 (biplace) et les Spitfire SM-13 et SG-13.

La compagnie aérienne Brussels Airlines avait quant à elle récemment modifié son nouveau logo, en ajoutant une 14ème ‘pastille’ rouge aux treize initialement retenues pour orner la dérive de ses appareils, sous la forme d’un B stylisé.

Selon le ministère de la Défense, cet appareil de seconde main sera mis au même niveau que les dix autres C-130H, qui doivent encore rester en service jusque vers 2018, date de leur remplacement par les sept Airbus A400M commandés.

BELGA 01/02/2007 12:10 »

Le C-130E d’Evergreen est devenu le C-130H CH-14. Il est vu ici par Kevin Cleynhens le 3 novembre 2008 avant les tests en vol.
L’ex – CH-14 devenu CH-13 le jour de sa réception officielle le 17 mars 2009. (Photo Guy Viselé)
Le CH-14 au taxi à Brussels Airport le 29 décembre 2008. (Photo Guy Viselé)
Le CH-13 rentre de vol le 17 mars 2009 après présentation à la presse. (Photo Guy Viselé)

Mis au courant, le ministre de la défence Pieter De Crem et le patron de la F. Aé avaient ordonné que le numéro 14 soit effacé et remplacé par le 13. Ce qui aurait dû être fait avant sa livraison au 15 Wing mais qui le sera seulement que le 7 mars 2009. L’avion est officiellement réceptionné par la Défence 10 jours plus tard le 17 mars. Selon certaines informations, non confirmées mais très plausibles, de nombreux documents reprenant l’immatriculation CH-14, durent être modifiés voire réimprimés.

En août 2013 le CH-13 reçoit une peinture commémorative pour les 40 ans du C-130 à la F. Aé et les 65 ans du 15ème Wing de Transport. Une année plus tard il rentre en grande révision chez Sabena Technics et est repeint dans la livrée grise sous laquelle il tire sa révérence le 26 avril 2021 lors de son ultime vol opérationnel en affichant 25.740 heures de vol à son actif

Le CH-13 sera choisi en août 2013 pour commémorer les 65 ans du 15ème Wing et les 40 ans de service du C-130. (Photo Guy Viselé)
Le Sioux emblématique du 15ème Wing est particulièrement mis en valeur sur le CH-13 vu ici le 20 septembre 2013. (Photo Guy Viselé)

Pour la deuxième fois au musée

Le C-130 occupe une place si importante dans l’histoire de notre aviation qu’il a été décidé par les autorités d’en préserver un exemplaire, les autres étant vendus ou démantelés pour récupérer des pièces ou servir de cellule d’exercice pour les pompiers. Arrivant au terme de son potentiel avant une grande révision, le choix s’est porté sur le CH-13, le plus vieux construit mais le plus récent de la flotte belge. Le seul C-130 qui sera préservé en Belgique, confié au War Heritage Institute (WHI), finira donc ses jours comme pièce de musée à Beauvechain sur décision de la ministre de la Défence Mme Ludivine De Donder. Cette décision, qu’on l’approuve ou non, a clôturé définitivement une longue polémique, au départ émotionnelle et bien compréhensible dans le chef de ceux qui ont opéré cet appareil durant une cinquantaine d’années qui espéraient le garder en exposition sur sa base d’attache du 15ème wing, mais qui a pris au fur à mesure du temps de plus en plus de regrettables relents politiques et communautaires. Le sort en étant jeté et les débats étant clos, réjouissons-nous plutôt de la préservation de cet avion qui aurait tout aussi bien pu être vendu comme les autres surtout en ces temps difficiles ou les dépenses publiques et les déficits explosent avec la crise de la Covid.

Le comité d’accueil au musée de Beauvechain. De gauche à droite G. Van Eeckhoudt, L. Dedonder, M. Jaupart et J-D Vandezande (base-co). (Photo Jozef Vanden Broeck,Comopsair)

A son arrivée à Beauvechain, l’avion est accueilli par la ministre Ludivine Dedonder, le directeur du WHI M. Michel Jaupart et le président du Golden Falcon, le Général e.r. Guy van Eeckhoudt, ancien chef de corps du 15ème Wing. Devant les quelques médias nationaux conviés à cet évènement la ministre confirmera le choix de Beauvechain comme étant le plus approprié non seulement à la préservation de cet avion mais aussi pour son accessibilité au grand public. Elle confirmera également la volonté de créer un « pôle muséal » plus important à Beauvechain dans le cadre du WHI. Que nous soyons néerlandophones, germanophones, francophones mais avant tout amateurs d’avions ou de matériel militaire, nous rêvons tous d’un musée de qualité à l’instar de ce que nos voisins hollandais ont réalisé à Soesterberg. Vu mon espérance de vie restante, je crains, hélas, de ne jamais le voir!

L’A-400M CT 02, successeur du C-130, amène du matériel. (Photo Louis Bladt)
Le vendredi 30 avril, le CH-13 est tracté vers son emplacement d’exposition au 1WHC. (Photo Louis Bladt)
Il a fallu défricher pour pouvoir passer. (Photo Louis Bladt)

Le CH-13 amenait dans sa soute un moteur et une hélice réformée reconnaissable au bout des pales rouges. Un A-400M atterrit une heure plus tard avec les trois autres moteurs et hélices et un tracteur de piste adapté en vue du « tractage » du lourd C-130. La semaine sera consacrée à la « neutralisation » de l’appareil (huiles, carburants etc…) et au remplacement de ses moteurs et hélices utilisables contre ceux déclassés. Le vendredi 30 avril, date officielle de réception par le WHI, le C-130 est amené de l’autre côté de l’aérodrome vers son emplacement définitif préparé par les bénévoles du musée où il sera accessible aux visiteurs d’ici le mois de juin. Sous l’impulsion de son dynamique président, l’équipe de bénévoles s’est considérablement renforcée depuis plus d’un an et connaissant bien les jeunes qui l’ont rejointe (que j’ai eu le plaisir pour plusieurs d’entre eux de former au vol à voile), je ne doute pas que ce C-130 fera l’objet de toute leur attention.

Le Général e.r. Guy Van Eeckhoudt, président du 1WHC se voit officiellement remettre les clefs du CH-13. (Photo Louis Bladt)
Le derniers C-130 sera retiré de service fin de l’année. Ce badge deviendra un collector. (Photo Louis Bladt)
Ton gros nez noir nous manquera assurément. (Photo Louis Bladt)

Il reste aujourd’hui quatre Hercules en service qui seront progressivement retirés des opérations d’ici la fin 2021. Nous n’avons donc certainement pas fini d’en parler.

Bob Verhegghen

Photos: Louis Bladt, Kevin Cleynhens, Eric Dessouroux, Jozef Vanden Broeck-Comopsair, Guy Viselé, Frans Van Humbeek et Bob Verhegghen

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Bob Verhegghen

Bob Verhegghen

Né au Congo en janvier 1952. Passionné d’avions militaires et de maquettes dès mon plus jeune âge. Auteur de nombreux articles historiques et ou de maquettisme sur la force Aérienne dans diverses revues et dans la revue KIT de l’IPMS Belgium. J’ai un intérêt particulier pour les planeurs anciens, la Force Aérienne d’après-guerre et les T-6, (R) F-84F, et Mirage. J’ai le soucis de l’exactitude et du détail pour mes maquettes. Pilote de planeur depuis 1977, instructeur avec près de 900 heures de vol je suis l’heureux copropriétaire de l’ASK-13 ex PL-66 des Cadets de l’Air (aujourd’hui D-3438) basé à Temploux.

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