C-130H swap, Gosselies, 1993

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Gosselies, le 16 mai 1993. Il y a donc près de vingt ans: j’en suis au deuxième jour de mon deuxième meeting de la Sonaca en tant que commentateur et je ne pensais pas être à la base du swap (échange) d’un C-130 britannique contre un autre de la Force Aérienne Belge. J’avais assuré les commentaires des fêtes aériennes antérieures sur l’aérodrome de Charleroi et celui du meeting organisé par la Sonaca en 1992; il y en aurait quatre au total, celui de 1995 étant le dernier puisque la situation économique préoccupante du secteur aéronautique avait alors amené le constructeur carolorégien à licencier du personnel et à annuler sine die les traditionnelles fêtes aériennes annuelles organisées au profit de la Saint-Nicolas des enfants du personnel. Il n’y en a plus eu depuis et c’est bien dommage, car les meetings Sonaca avaient une saveur particulière avec leur forte proportion de warbirds et d’attractions typiquement civiles parmi les présentations d’avions militaires. 

 

Le Lockheed C-130H Hercules immatriculé CH-05 (celui impliqué dans la péripétie de mai 1993) alors qu’il était revêtu en 1992 de la livrée commémorant les vingt ans de service du type à la Force Aérienne Belge. Le Sioux est l’emblème du 15ème wing et cette décoration fut conçue par le Commandant Xavier Elleboudt; elle disparaîtra début 1993 lors de la révision générale de l’appareil qui sera dès lors peint en gris uniforme plutôt qu’en camouflage trois tons. (Photo Jo Huybens)

Préludes
Pour mieux accomplir ma tâche de commentateur, je me rendais chaque année à l’arrivée des participants le vendredi après-midi, car cela m’offrait la possibilité de discuter avec les équipages et prendre les notes qui me permettraient de faire des commentaires moins ‘bateau’ et plus dynamiques que de déclamer les noms des appareils présentés et d’assommer le public d’une litanie de données techniques dont il n’avait que faire… Etant moi-même pilote et pratiquant l’acrobatie à Gosselies, j’étais à même d’expliquer clairement –et avec une certaine anticipation sur l’action– les figures effectuées par les solos et les patrouilles acrobatiques.

 

Le C-130J du squadron 47 de la RAF qui véhiculait les Red Falcons lors du meeting de Coxyde en juillet 1996, tout à fait similaire à celui présent à Gosselies et qui resta au sol le 16 mai 1993.

Pour les deux premiers meetings de la Sonaca que j’aie commentés, je me trouvais au milieu du public pendant six à sept heures d’affilée avec mon micro et mon paquet de notes griffonnées à la hâte mais j’étais à l’angle du bâtiment le plus avancé de la Sonaca avec vue directe sur le chemin de roulement et le seuil de la piste 07. Cette position et l’absence de facilités m’avaient incité à ne pas y trimbaler mon attirail photographique et je n’ai donc pas pris de photos lors des événements relatés (heureusement, des copains photographes veillaient au grain).

 

Les Red Falcons de la RAF arrivés à 2.000 pieds (600 mètres) entament, pour les six du bas, leur spirale vers la droite tandis que les six du haut vont faire de même, mais vers la gauche. C’était à Coxyde en juillet 1996 et ils étaient alors douze à sauter.

Le samedi matin, j’avais participé au briefing météo, timing et sécurité des vols qui regroupait les participants au meeting, je pouvais ainsi compléter mon information et disposer du programme précis intégrant les ultimes changements. Le temps était beau et sec, quoiqu’un peu frisquet pour la saison, et le spectacle aérien avait été riche, très varié et impeccablement exécuté avec, à l’évidence, un public heureux et comblé.

 

Les dix Red Falcons à 1.000 pieds (300 mètres) à la verticale de Gosselies effectuent, sur l’ordre de leur leader en contact radio permanent avec eux, une spirale à 360°: dans quelques secondes ils auront tous touché terre. (Photo Jean-Michel Marit)

Les sauts des parachutistes sont très appréciés des spectateurs des fêtes aériennes et pour le meeting de la Sonaca de 1993, rien que le Régiment Para commando de Schaffen-Diest avait réalisé chacun des deux jours deux sauts de masse de trente paras munis de tout leur barda depuis un C-130H de la 20ème escadrille du 15ème wing. L’un avait lieu en fin de matinée et l’autre en milieu d’après-midi, l’un ou l’autre selon le jour étant suivi d’une démonstration musclée du gros quadrimoteur qui les avait amenés à l’altitude de largage.

 

Les Red Falcons se regroupent immédiatement après s’être posés. A l’avant-plan du cliché, Catherine Maunoury championne du monde de voltige qui fit, à bord de son Extra 300, une démonstration à couper le souffle ce dimanche 16 mai 1993 et Albert Hage qui fit une belle présentation acrobatique avec son Yak 11. (Photo Jean-Michel Marit)

En 1993, la fameuse patrouille des Red Falcons de la Royal Air Force présentait une séquence de parachutage spectaculaire et haute en couleurs propre à faire vibrer l’assistance. Les dix parachutistes s’étageaient verticalement lors de leur descente, chacun traçant sa trajectoire au fumigène. Parlant couramment anglais, j’avais longuement interviewé leur leader qui m’avait précisé qu’ils descendaient en faisant du canopy stalking et non du canopy contact (chaque para touchant alors des pieds le sommet de la voile de celui immédiatement en dessous) à cause du risque de bouter le feu au parachute par le pot de fumigène que chaque sauteur avait fixé à la cheville. Ce numéro peu ordinaire s’était impeccablement déroulé et fut ponctué par les vifs applaudissements de la foule.

 

Finale en fanfare, le C-130H du 15ème wing plonge pour passer dans quelques secondes au ras du deck derrière les Red Falcons, tandis qu’ils salueront le public. (Photo Jean-Michel Marit)

Le dimanche… ça flanche !
Comme d’habitude, j’assistais au briefing le dimanche en matinée pour être au fait des dernières modifications de programme et demander l’une ou l’autre précision à l’un ou l’autre des participants. Dans le joyeux brouhaha à l’issue du briefing, le leader des Red Falcons me prend à part en disant qu’il avait un gros problème qu’il tenait à m’exposer car, d’après lui, j’étais le seul ‘organisateur’ du meeting parlant suffisamment bien anglais… Etant speaker bénévole pour l’événement, je luis dis tout de go que je ne détenais aucun pouvoir dans l’organisation de celui-ci mais que j’étais prêt à lui prêter main forte dans la mesure de mes moyens.

 

Le CH-05 tout de gris vêtu lors du meeting de Coxyde début juillet 1993.

Le problème était de taille: il me confessa que les pilotes du C-130 du 47 squadron de Lyneham prétendaient être malades et refusaient de voler, compromettant ainsi sa présentation or, en officier responsable, il se faisait un point d’honneur d’honorer son contrat.

Connaissant bien l’équipage du C-130H belge et voyant passer son commandant de bord, le Major Jean-Luc Feuillen à proximité, je l’appelai et lui fis un rapide topo. En adepte de la pensée positive (phénomène si typiquement belge !), il fut aussitôt d’accord de remplacer son homologue britannique défaillant et s’isola un quart d’heure avec le leader des Red Falcons afin de mettre au point dans le détail leur prestation devenue dorénavant anglo-belge…

 

Le Commandant Xavier Elleboudt et le Major Jean-Luc Feuillen, les protagonistes de l’échange C-130 des Red Falcons et acteurs de cet exploit anglo-belge demeuré unique. (Force Aérienne)

Il était prévu que les Red Falcons sautent à 11H30 mais cette situation imprévue ne le permettait pas et c’est le Mosquito qui remplit ce créneau horaire, leur cédant le sien prévu initialement à 12H52 mais avancé à 12H27 avec largage à 12H52.

Les quatre membres du team anglais étaient en position au sol pour y disposer les repères nécessaires tandis que les dix autres se jetaient hors du C-130H belge (immatriculé CH-05, si mes souvenirs sont bons). Très vite, ils s’échelonnaient verticalement en libérant leur fumigène pour souligner leurs figures: à 2.000 pieds (600 mètres) les cinq parachutistes du bas tournaient en spirale vers la droite, tandis que les cinq en haut de la formation faisaient de même, mais vers la gauche. Arrivés à 1.000 pieds (300 mètres), tous effectuaient un tour complet de 360 degrés avant de toucher terre, les numéros pairs de l’échelon visant la croix verte dessinée au sol, alors que les impairs se portaient vers la croix rouge tracée à terre. A l’issue de leur descente accomplie en moins de cinq minutes, ils se mettaient en ligne face au public et, cinquante-cinq secondes après que le dernier eut mis les pieds sur le plancher des vaches, le C-130H belge effectuait un passage à très basse altitude derrière les paras britanniques alignés tandis que ceux-ci saluaient le public qui leur adressait une chaleureuses ovation.

 

Le CH-05 rutilant au soleil à Melsbroek en septembre 2008.

L’équipage du C-30H Hercules belge était composé du Major Jean-Luc Feuillen et du Commandant Xavier Elleboudt, tous deux pilotes instructeurs au TCU (Transport Conversion Unit) du 15ème wing, du Capitaine Luc Collee, navigateur et des Sergents-majors Luc Loverie, flight engineer et Danny Boesmans, loadmaster. Ces adeptes de la pensée positive rompus au para drop ont contribué, par leur compétence et leur volontarisme, au bon déroulement de la fête aérienne de la Sonaca, qu’ils en soient ici remerciés et félicités !

 

L’auteur au micro le dimanche 16 mai 1993 lors de la fête aérienne de la Sonaca. (Photo Jean-Pol Schepens)

Texte et photos: Jean-Pierre Decock

Picture of Jean-Pierre Decock

Jean-Pierre Decock

Brevet B de vol à voile en 1958. Pilote privé avion en 1970. Totalise 600 heures de vol dont 70 d’acro. Un œil droit insuffisant empêche toute carrière dans l’aviation. (Co-)Auteur et traducteur de 41 ouvrages d’aviation publiés en 4 langues depuis 1978. Compétences: histoire, technique et pilotage (aviation civile, militaire ou sportive).

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