Le fantôme de Brustem hante encore Saint-Trond

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Sint-Truiden, 26 avril 2014. Dans les caves de l’abbaye désaffectée proche du centre de la ville se trouve l’Historisch Centrum Luchtmachtbasis Brustem (Centre historique de la base de la Force Aérienne de Brustem) où se déroule l’inauguration d’une nouvelle exposition temporaire sous le thème « Grenzeloos ».

Ghislain Theunissen, ancien spécialiste en électronique de la Force Aérienne et président de l’Historisch Centrum Luchtmachtbasis Brustem, prononce son allocution en présence de la bourgmestre de Sint-Truiden, Veerle s’Heeren qui déclara la grande satisfaction de la ville d’abriter le musée de la base aérienne autant que l’école des sous-officiers.

Comme son nom le laisse entendre, cette exposition traite de la présence de la Force Aérienne, et plus récemment de la Composante Air de la Défense, au-delà de nos frontières, que ce soit pour des missions armées commanditées par l’OTAN telle que l’ISAF à Kandahar en Afghanistan ou la police du ciel au profit des pays baltes ou de coopération internationale comme l’intervention en Libye début 2011 ou, plus proche, l’assistance prodiguée à l’armée française dans le cadre de l’opération Serval au Mali dans les premiers mois de 2013. Mais les projections à l’extérieur de notre force aérienne ne se limitent pas aux sortie armées des chasseurs F-16, elles couvrent également les interventions nombreuses, humanitaires ou non, des avions de transport principalement mais pas seulement effectuées par les C-130H Hercules en Afrique et ailleurs ainsi que des hélicoptères Agusta A109 dans l’ex-Yougoslavie et il y a peu au Mali.

Panneau de l’exposition temporaire « Grenzeloos » illustrant l’intervention de la Composante Air à Kandahar en Afghanistan.

Parallèlement et depuis fort longtemps, les hélicoptères Seaking sont mis en action sur le pourtour de la mer du Nord au profit des Pays-Bas, de l’est de la Grande-Bretagne et du littoral du nord de la France. Cette exposition se compose de nombreux panneaux couverts de photographies de grand format illustrant à l’évidence la diversité des interventions et des moyens aériens déployés. Cette exposition fait également l’objet d’un substantiel catalogue, en fait plutôt un livre, mis en vente au prix de 25 euros.

Le cadre de cette exposition est le centre historique de la base de Brustem initialement établi sur celle-ci jusqu’à sa fermeture en 1996, mais les collections et objets (rares) qui y étaient présentés ont trouvé refuge au centre muséal de la ville de Sint-Truiden dans l’ancienne abbaye à deux pas de la grand-place. C’est globalement tant mieux, car ce centre est extrêmement intéressant sur le plan historique.

Quelques hôtes de marque lors de l’inauguration de l’exposition « Grenzeloos », de gauche à droite : Bill Tersago, ancien commanding officer le la 7ème escadrille, x, Steve Nuyts, ancien Sliver et chef de corps du 9ème wing, Jack Waldeyer, dernier chef de corps de Brustem en 1996, Mme veuve Paul Van Essche qui était leader de la patrouille des Diables Rouges et Camille Goossens, ancien commandant du groupe de vol et chef de corps à Brustem ainsi que général commandant l’instruction et l’entraînement de la Force Aérienne à la fin des années 80.

Brustem et l’aviation est un phénomène qui remonte à 1939-40 lorsque s’y trouvait un aérodrome « secret » de desserrement de l’Aéronautique Militaire Belge. Mais cette association fut de courte durée tant la « Blitzkrieg » fut foudroyante. Le terrai fut ensuite occupé et développé par la Luftwaffe qui y basa des unités de chasse de nuit, car Saint-Trond/Brustem était très favorablement située pour intercepter les formations de bombardiers américains (le jour) et britanniques (la nuit) qui passaient un peu plus au nord lors de leur vol aller vers leurs objectifs en Allemagne ou regagnaient leurs bases en Angleterre en passant un peu plus au sud, ou bien l’inverse, mais dans tous les cas, la Nachtjagd allemande disposait avec Brustem (ainsi que Florennes et Venlo) d’une base lui permettant de s’attaquer aux formations alliées dans un court laps de temps après leur décollage sur alerte.

Hélas pour les Alliés, les chasseurs de nuit allemands abattirent nombre de leurs bombardiers qui allèrent percuter le sol belge. Le Major Walter Ehle figurait parmi les grands as de la chasse de nuit allemande de Brustem, mais l’un des plus fameux fut certes l’Oberstleutnant Heinz Wolfgang Schnaufer. Il fut décoré de l’une des plus prestigieuses décorations allemandes, à savoir la croix de fer avec feuilles de chêne, pour les 121 bombardiers qu’il descendit et qui le firent également entrer dans la légende comme « Het Spook van Brustem » ou le « Fantôme de Brustem ». Cette période allemande de la base belge autant que la NJG1 (Nachtjagdgeschwader ou escadre de chasse de nuit) qui y avait ses quartiers sont bien documentées et clairement expliquées dans l’Historisch Centrum Luchtmachtbasis Brustem et rien que cela vaut une visite.

Panneau consacré à l’as de la Nachtjagd aux 121 victoires Heinz Schnaufer qui fut surnommé « le fantôme de Brustem ». Le gouvernail de direction de son dernier Bf 110 de chasse de nuit portant les symboles de toutes ses victoires est exposé à l’Imperial War Museum à Londres.

La période américaine qui débuta en septembre 1944 pour se terminer fin 1945 est tout autant bien documentée et relatée par des photos et maquettes ainsi que divers objets. Brustem abrita les 48th et 404th fighter groups de la 9th US Air Force respectivement équipés de Douglas A-20 Havoc et de Republic P-47D Thunderbolt, de même que les Martin B-26 Marauder du 386th bombardment group. Le 305th bomb group et ses B-17 Flying Fortress fut basé à A-92 Saint-Trond de fin juillet à mi-décembre 1945.

Section consacrée à la présence de l’USAAF à Brustem entre septembre 1944 et fin 1945.

La période belge de Brustem démarra en mars 1946 pour se terminer cinquante ans plus tard. C’est également celle qui fut la plus faste et pour laquelle abondent les objets, trophées, maquettes, tenues, moteurs et iconographies diverses et variées. Les premiers occupants de Brustem furent l’école de pilotage avancé et ses Harvard MK IIb/T-6D et l’école de chasse équipée de Spitfire MK IX. Lorsque la première déménagea vers Kamina, la seconde y poursuivit ses activités jusqu’à son transfert à Coxyde. Le 13ème wing et ses Gloster Meteor MK VIII investirent également la base avant sa dissolution et le retour de l’école de chasse à Brustem sur Meteor MK VII biplaces et MK VIII monoplaces. Les Lockheed T-33A y furent ensuite regroupés jusqu’à leur retrait du service en août 1979. Le rapatriement des Fouga CM170.R Magister de Kamina en 1961 y engendra la création du Centre de Perfectionnement de la Force Aérienne et permit l’émergence de la célèbre patrouille acrobatique des Diables Rouges sur Magister. Le Centre de Perfectionnement fut rebaptisé 9ème wing instruction et entraînement jusqu’au transfert des Alphajet des 7ème, 9ème (flight de formation des moniteurs) et 11ème (initial operational training) escadrilles vers la base de Beauvechain à la mi-1996.

Souvenirs de la présence initiale de la Force Aérienne à Brustem avec un bout de pale d’hélice de Spitfire MK IX et l’emblème de l’école de chasse peint sur l’entrée d’air d’un des réacteurs de Meteor MK VII biplace.
Vestiges de la présence des Meteor MK VII et VIII sur la base au sein de l’école de chasse ou du 13ème wing de chasse de jour. Les écussons alignés au-dessus reprennent les emblèmes de nombreuses promotions d’élèves pilotes ayant transité par Brustem.
Plusieurs panneaux avec des recommandations relatives à la sécurité des vols décoraient la cage d’escalier de la tour de contrôle de Brustem; ceux-ci étaient dessinés par Victor Hubinon, le célèbre dessinateur de la non moins célèbre bande dessinée « Buck Danny » archi-populaire chez les ados des années 50, 60 et 70.
Tenue de vol complète avec pantalon anti-G et casque de la 8ème escadrille (sur Mirage V) de Frank De Winne, le deuxième astronaute belge, colonel aviateur de la Force Aérienne, éminent citoyen de Sint-Truiden et actuellement directeur de l’Agence Spatiale Européenne à Cologne.

L’Historisch Centrum Luchtmachtbasis Brustem est un musée super documenté et nanti d’objets et de photographies extrêmement intéressantes; il est à visiter sans attendre pour tout passionné de l’histoire de l’aviation belge.

Vitrine entièrement consacrée à la patrouille acrobatique des Diables Rouges sur Fouga CM170.R Magister.
Réacteur Marboré d’un Fouga; au fond, un mannequin revêtu de la combinaison de vol et du casque de feu le Commandant Aviateur Paul Van Essche disparu e 1977 et qui en fut un membre éminent autant que le leader durant plusieurs années.
Maquette unique de toute la patrouille des Diables Rouges sur Fouga Magister ayant pour socle une roue à aubes de réacteur Marboré; de la belle ouvrage des mécanos du centre de perfectionnement de la Force Aérienne à Brustem.

Informations pratiques : Historisch Centrum Luchtmachtbasis Brustem, Diesterstraat 1 (ancienne abbaye), Sint-Truiden. Pour connaître les jours et heures d’ouverture, envoyer un courrier électronique soit à ghislain.theunissen@telenet.be qui en est le président, soit à dany_schoebrechts@hotmail.com qui en est le secrétaire trésorier.

Textes et photos: Jean-Pierre Decock

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Jean-Pierre Decock

Brevet B de vol à voile en 1958. Pilote privé avion en 1970. Totalise 600 heures de vol dont 70 d’acro. Un œil droit insuffisant empêche toute carrière dans l’aviation. (Co-)Auteur et traducteur de 41 ouvrages d’aviation publiés en 4 langues depuis 1978. Compétences: histoire, technique et pilotage (aviation civile, militaire ou sportive).

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