À Lanzerath, un petit quartier de Bullingen, se dresse un double mémorial. D'un côté, il commémore le début de la bataille des Ardennes, et de l'autre, la période de janvier 1945 où les attaquants allemands furent repoussés vers leurs positions de départ.
Dans la région frontalière des Cantons de l'Est, la ligne de front coïncidait plus ou moins avec la frontière belgo-allemande. Lanzerath comptait alors 23 maisons et une église et se trouvait en secteur américain. Des unités américaines y avaient pris position. Le peloton de renseignement et de reconnaissance (I&R) du 394e régiment de la 99e division d'infanterie ne comptait que 18 hommes, sous le commandement du lieutenant Lyle Bouck. Bien entraînés aux missions de reconnaissance et d'observation, ils n'étaient ni destinés ni entraînés au combat. Ils étaient censés éviter la confrontation directe avec l'ennemi. Les choses allaient se passer tout autrement. On comptait également 55 hommes du 820e bataillon de chasseurs de chars et 22 hommes d'un peloton de reconnaissance du même 820e. Le 394e I&R s'était retranché sur une pente dominant Lanzerath.
Le 16 décembre 1944, ils entendirent le cliquetis des chars. Ils étaient précédés par l'infanterie du 9ee Le régiment de chasseurs parachutistes, qui devait ouvrir la voie aux chars du Kampfgruppe Peiper, n'était plus la troupe d'élite du début de la guerre, mais un équipage hétéroclite d'adolescents et d'hommes plus âgés, précédemment déclarés inaptes au service, et de soldats n'ayant plus aucune occupation utile ailleurs.
Les premiers tirs d'artillerie causèrent quelques dégâts, mais le peloton d'I&R était bien protégé. Les unités du 820e TD furent envoyées à la station de Buchholz, un peu plus au nord, et le lieutenant Bouck se retrouva soudain seul avec ses 18 hommes. Il reçut l'ordre de rester sur place et de tenir bon. Plusieurs centaines de parachutistes allemands apparurent dans la brume matinale. Les premiers accrochages avec des troupes d'I&R du village suivirent. Quatre Américains de l'équipe d'observation avancée d'une unité d'artillerie, toujours présents, rejoignirent les positions du peloton d'I&R. Finalement, les parachutistes découvrirent leurs positions et lancèrent une attaque, mais le peloton d'I&R était bien protégé et put repousser trois vagues d'attaques au cours de la journée.
À la tombée de la nuit, les Américains étaient presque à court de munitions et un sniper avait détruit leurs radios, coupant le contact avec leur quartier général. Ils ne pouvaient compter ni sur des renforts ni sur l'appui de l'artillerie. Alors qu'ils tentaient de se replier, ils furent débordés par les attaquants. Les Américains capitulèrent : sur les 18 hommes du peloton d'observation et de reconnaissance, 14 furent blessés et sur les quatre membres du 371e régiment d'observation avancée d'artillerie, un fut tué. Du côté allemand, on comptait 16 morts, 63 blessés et 13 disparus.
Le lieutenant Bouck et sa petite troupe avaient causé des retards considérables aux chars du Kampfgruppe Peiper. Son peloton d'interrogatoire et de reconnaissance passa le reste de la guerre dans des camps de prisonniers de guerre. Ce n'est qu'en 1981 qu'il reçut la reconnaissance qu'il méritait, avec une citation présidentielle et des décorations individuelles pour les 18 membres du peloton. Les quatre membres du 371e régiment d'artillerie reçurent également des décorations.
En 2004, l'historien Alex Kershaw a publié le livre « The Longest Winter: The Battle of the Bulge and the Epic Story of World War II's Most Decorated Platoon » qui détaille l'histoire du 394th Peloton I&R.
Une plaque commémorative pour le 394th I&R a été inauguré à Lanzerath le 12 mai 2005.
Le samedi 31 janvier 2015, une deuxième plaque a été ajoutée à ce mémorial, dédiée au 508e régiment d'infanterie parachutiste de la 82e division aéroportée. Cette plaque se trouve au dos de la pierre sur laquelle est fixée la première. Le 508e régiment d'infanterie parachutiste est l'unité qui a libéré Lanzerath pour la deuxième fois ; l'inauguration a eu lieu exactement 70 ans après la libération. À cette occasion, deux soldats du 508e régiment d'infanterie parachutiste tombés au combat à Lanzerath ou dans les environs immédiats ont été commémorés.
Le capitaine William H. Nation fut tué le 31 janvier 1945, touché par un éclat d'obus alors qu'il conduisait une jeep vers un poste avancé. Il repose au cimetière américain d'Henri-Chapelle.
Le soldat Glenn H. Ward fut tué le 30 janvier 1945 lors de l'attaque des villages de Medendorf et de Lanzerath par son unité. Il repose au cimetière national de Fort Snelling, à Minneapolis, dans le Minnesota.
La cérémonie a réuni les proches des deux soldats tombés au combat : Judy Durkke, la fille de Glenn Ward, son mari Bernie, leur fils Russ et son épouse Bin ; ainsi que Bill et Philip Nation, neveux de William Nation. La famille Ward s'était déjà rendue à Lanzerath l'année précédente, le 28 février, pour rendre hommage à leur parent disparu.











