Saint-Trond, le 25 novembre 2023Jean de Selys Longchamps restera à jamais associé à ce jour de janvier 1943 où il tira sur le quartier général de la Gestapo, avenue Louise à Bruxelles. Pourtant, il y a bien plus à raconter sur lui. Marc Audrit a écrit un livre remarquable sur ce pilote belge de la Royal Air Force, qui comble parfaitement ce manque.

La famille de Selys Longchamps était une riche famille noble possédant des châteaux dans le nord de la France, près de Maastricht aux Pays-Bas et à Waremme. Jean était le troisième d'une famille de quatre enfants, né en 1912. Ses résultats scolaires étaient médiocres ; l'école n'était apparemment pas son fort. Il signa finalement un contrat de trois ans avec l'armée et fut nommé officier dans la 1re division d'infanterie.e Le régiment des Guides avait raison. À l'époque, les Guides étaient encore une unité de cavalerie, et l'équitation était sa passion. Il participait aux courses hippiques même pendant son service militaire, et il continua cette activité par la suite.
Il fut appelé comme réserviste lors de la mobilisation générale de 1939. Le 9 mai 1940, son unité avait pris position le long du canal Albert à Lanaken et participa ainsi aux premiers combats avec l'armée allemande. Toute la campagne des Dix-huit Jours fut une succession de combats et de retraites sans espoir. À l'armistice du 28 mai 1940, Jean de Selys était à La Panne, où il embarqua sur un navire britannique. Ce fut le début d'une odyssée de six mois qui le mena de la Belgique à la Grande-Bretagne, en passant par la France, Gibraltar, le Maroc, puis de retour en France, puis via l'Algérie pour revenir au Maroc, et enfin, via Gibraltar, pour rentrer en Grande-Bretagne le 14 décembre 1940. Au cours de ses voyages, il croisa des personnalités telles qu'Albert Guérisse (la ligne d'évasion de Pat O'Leary) et Georges Danloy (les commandos belges).
Il s'engagea dans la Réserve volontaire de la Royal Air Force et, après sept mois d'entraînement, rejoignit le 609e Escadron. Il pilota des Spitfire pendant quelques mois, mais au printemps 1942, Six-O-Nine reçut le puissant Hawker Typhoon. C'est avec un Typhoon et ses quatre canons de 20 mm que Jean de Selys attaqua le quartier général bruxellois de la Sipo-SD (généralement appelée à tort « Gestapo ») le 20 janvier 1943. Quelques semaines plus tard, il fut transféré au 3e Escadron. Malheureusement, il fut tué dans la nuit du 15 au 16 août 1943, au retour d'une mission nocturne au-dessus de la région de Gand. L'appareil s'écrasa à l'atterrissage à Manston et prit feu, laissant le pilote sans aucune chance. Jean de Selys-Longschamps fut enterré à Minster-on-Thanet, près de Manston, où il repose.

Un ouvrage sur Jean de Selys Longchamps, écrit par Marc Audrit, vient de paraître. L'auteur a eu accès aux archives familiales (journal de bord, journal intime, correspondance, photos, etc.) et a également consulté d'autres archives et ouvrages. Il décrit en détail l'histoire de la famille de Selys Longchamps et la vie de Jean de Selys. La majeure partie de l'ouvrage couvre ses années de guerre, de 1940 jusqu'à sa mort en 1943. Avant l'attaque du bâtiment du 453, avenue Louise, il décrit en détail l'implantation de la Sipo-SD en Belgique, ses responsables et leurs activités. Plusieurs témoignages du bombardement, provenant de témoins oculaires à Bruxelles et de deux personnes présentes dans le bâtiment, éclairent les conséquences du raid. L'auteur dissipe également plusieurs mythes véhiculés au fil des ans sur le nombre de victimes allemandes, les conséquences de l'attaque pour la Résistance belge et les conséquences pour Jean de Selys lui-même. L'avant-dernier chapitre aborde ce qui reste de Jean de Selys, notamment le mémorial et la plaque de l'avenue Louise (voir base de données), ainsi que les collections de bandes dessinées et d'imprimés parus au fil des ans. Le dernier chapitre décrit brièvement l'histoire de la sœur et des deux frères de Jean de Selys pendant la guerre.
Le livre est illustré de nombreuses photographies, probablement inédites. Jean de Selys possédait un petit appareil photo, d'où la présence de nombreuses photographies jusqu'alors inconnues. La couverture présente une magnifique reproduction du Typhon de Jean de Selys au-dessus de Bruxelles, réalisée par l'artiste français Jullien Lepelletier, qui crée notamment des couvertures pour Le Fana de l'Aviation.https://www.artstation.com/lepelletierTrois profils de Johan Wolfs étaient également inclus, malheureusement imprimés sur deux pages, de sorte que certains détails sont perdus dans la page centrale. Pour quiconque s'intéresse aux pilotes belges de la Royal Air Force, cet ouvrage est incontournable, probablement la biographie de référence de Jean de Selys Longchamps.
Sur les traces de Jean de Selys Longchamps : une vie au galop. Auteur Marc Audrit, édité par Weyrich SA, Neufchateau. Format : 230 x 160 x 31 mm, couverture rigide, 400 pages ; ISBN 9782874899027, prix 28 euros. Vous pouvez commander via https://www.weyrich-edition.be/ ou en librairie classique. Outre la biographie de Jean de Selys Longchamps, le même éditeur a également publié l'an dernier un livre de Philippe Erkes, « Sur les traces d'un pilote de Spitfire : le destin de Peter », consacré à son père, Pierre Erkes, pilote au sein de l'escadron 349 pendant la Seconde Guerre mondiale.

