Grimbergen, le 9 mai 2026. Dans le magazine aéronautique britannique Aeroplane Monthly, une question concernant un atterrissage d'urgence d'un Caudron à Sint-Amandsberg a paru en avril dernier (n° 636). La question était accompagnée d'une photographie qui, selon son auteur, datait de la Première Guerre mondiale. Entre-temps, nous avons nous-mêmes obtenu une seconde photographie où le pilote du Caudron est plus clairement visible, et que nous avons jugée intéressante de partager avec les lecteurs de Grimbergen. Hangar Flying.
La famille Gallo
La photo publiée par Aeroplane Monthly a été soumise par Oscar Gallo, un Californien. Le fait qu'un Américain ait posé une question sur un atterrissage près de Gand a suffisamment intrigué pour justifier une enquête plus approfondie.

Le grand-père d'Oscar Gallo, Peter Leon Gallo, possédait une pépinière d'azalées à Sint-Amandsberg. « Leon Gallo Horticulture » était située au 327, Antwerpsesteenweg.
Johan, le frère d'Oscar, véritable historien de la famille, a numérisé quelque 14 000 photos issues des archives familiales. Parmi elles figurait l'image d'un Caudron ayant effectué un atterrissage d'urgence sur le terrain de la pépinière « Leon Gallo Horticulture ». D'après Johan, la rumeur courait dans la famille que le Caudron avait atterri par précaution sur le terrain de leur pépinière d'azalées faute de carburant.
Johan : « La famille de huit personnes de mon père, Albert August Gallo, et de Margarite Fogassy Gallo, a émigré de Belgique à San Bernardino (Californie, États-Unis) en 1960. Les six autres frères et sœurs vivent aujourd'hui dans le sud de la Californie, dans un rayon de 60 kilomètres. Oscar réside à Long Beach et les autres principalement dans la région appelée Inland Empire, près de San Bernardino. Bien que nous vivions désormais aux États-Unis, la photo de l'amerrissage d'urgence continue de nous fasciner. »
Depuis des générations, les membres de notre famille ont servi dans l'armée belge, à commencer par notre arrière-grand-père Bernard Gallo, notre grand-père Peter Leon Gallo et notre père Albert Augusts Gallo. Mon père était fier de son service militaire. Jusqu'à sa mort en 2007, il conservait toujours sur lui des photos de ses camarades. Parmi elles, une photo de l'évasion de quatre hommes de la prison allemande d'Aalter, prise sur le chemin du retour vers Gand. Mon père, Albert Gallo, a combattu lors de la bataille du canal Albert et du fort d'Ében-Émael, une première dans l'histoire de la guerre où des planeurs et des parachutistes furent déployés.
Ma mère est arrivée en Belgique en provenance de Hongrie comme réfugiée à l'âge de cinq ans. Elle a été adoptée par Oscar De Raeve et son épouse Marie-Louise Van Den Abeele, qui l'ont élevée. Ils vivaient au 814, Antwerpsesteenweg, à environ un kilomètre de la maison d'Albert Gallo, en direction de Lochristi. La famille De Raeve possédait également une importante pépinière commerciale, près de celle de son grand-père, Peter Leon Gallo. Les familles Gallo et De Raeve étaient toutes deux connues à cette époque pour leurs grandes pépinières commerciales, qui exportaient notamment des plantes.
Aviatrice Bolland
Mais revenons à cette vieille photo. D'après nos recherches, c'est l'aviatrice française Adrienne Bolland qui a effectué un atterrissage de précaution parfait avec le Caudron G.3 F-ABEX, un appareil appartenant au constructeur aéronautique Caudron.
Le 3 septembre 1921, le Concours international d'avions de tourisme (Coupe Simonet) fut organisé sur l'aérodrome d'Evere-Haren. Adrienne y participa et obtint la quatrième place. Elle remporta le prix de la facilité de démarrage du moteur. C'est vraisemblablement durant cette période que l'atterrissage à Sint-Amandsberg eut lieu.

La maison que l'on aperçoit à l'arrière-plan appartenait à Peter Leon Gallo et à son épouse ; elle a depuis été démolie. Au centre se tient l'aviatrice Adrienne Bolland. (Archives de la famille Gallo)

Lorsque l'on nous a montré la première photo, nous doutions encore du nom du pilote. Sur la seconde, en revanche, la dame est parfaitement reconnaissable. À ce moment-là, Adrienne est déjà entourée de soldats belges.
Adrienne Bolland (née Arcueil le 25 novembre 1895, décédée à Paris le 18 mars 1975) n'était pas une aviatrice comme les autres. C'était une rebelle et une figure emblématique des débuts de l'aviation française.
Son père, Henri Bolland, était belge. Originaire de Verviers, il avait émigré en France. À Donnery (Centre-Val de Loire), il possédait la maison de campagne Les Charmettes.
Journaliste et grand voyageur, il était surtout connu pour ses guides de voyage. Il a notamment collaboré avec le Touring Club de France. Henri se maria en 1882 et, en 1886, la famille Donnery s'installa à Guernesey. En 1889, elle retourna en France et s'établit à Arcueil-Cachan (Île-de-France).
Henri a transmis à Adrienne son amour de la nature et des voyages. Cadette d'une famille de sept enfants, elle avait quatorze ans lorsque son père décéda le 19 octobre 1909. Sa mère se retrouva seule avec la famille nombreuse, dans une situation financière précaire.
Enfant, Adrienne était une enfant rebelle ; son enfance fut difficile. À vingt ans, elle aimait surtout faire la fête et jouer. Pour rembourser ses dettes, une amie lui suggéra d'apprendre à piloter. Le 16 novembre 1919, elle s'inscrivit à l'école de pilotage Caudron au Crotoy (Hauts-de-France) et y commença sa formation. Le 6 février 1920, Adrienne obtint son brevet de pilote. La même année, l'Américaine Bessie Coleman apprit également à piloter au Crotoy, devenant ainsi la première Afro-Américaine à obtenir un brevet de pilote.
Adrienne fut la première femme engagée comme pilote par René Caudron en mars 1920. Outre des tâches telles que le transport de ses avions jusqu'aux clients, Caudron lui confia plusieurs missions exigeantes. L'image d'une femme séduisante aux commandes des avions Caudron assura une excellente publicité dans la presse. Pour le public, c'était la preuve que les appareils étaient sûrs. Adrienne reçut son propre avion (le Caudron G.3 F-ABEW) après avoir réussi un looping pour René. Le 25 août 1920, elle devint la première femme à traverser la Manche en avion, de la France à l'Angleterre. Le 16 avril 1912, l'Américaine Harriet Quimby avait réalisé le même exploit entre Douvres et Calais. Anecdote amusante : le 18 août 1920, Adrienne s'était rendue à Bruxelles pour une réception. Un temps, elle fut portée disparue ; les journalistes pensaient qu'elle était déjà partie pour une traversée de la Manche et qu'elle avait peut-être péri en mer.
Le 1er décembre 1920, Adrienne partit pour l'Argentine avec deux avions G.3 (F-ABGO et F-ABGP) emballés dans des caisses afin de les présenter à d'éventuels acheteurs. Initialement, il n'était pas question d'un vol record au-dessus des Andes. Elle était accompagnée de son mécanicien, René Duperrier, qui devait assembler les biplans sur place. Un second mécanicien (Crochard) était déjà présent à son arrivée en Argentine. Durant la traversée de l'océan Atlantique, elle décida, à bord d'un paquebot, de survoler la cordillère des Andes. Elle arriva à Buenos Aires le 23 décembre 1920.
Le 1er avril 1921, à 6 h 55, Adrienne décolla à bord d'un G.3 de Los Tamarindos (près d'El Plumerillo, Mendoza, Argentine). Santiago (Chili) n'était qu'à 200 kilomètres à vol d'oiseau. Adrienne totalisait à peine quarante heures de vol. Elle ne disposait pas de cartes de navigation, la chaîne de montagnes n'ayant pas encore été cartographiée. Elle ignorait tout du terrain et des conditions météorologiques spécifiques des montagnes ; seule la population indigène connaissait la région. Les Andes culminaient à environ 6 000 mètres, bien au-delà du plafond de vol maximal du G.3, fixé à 4 200 mètres. Le pic du Tupungato atteignait même 6 500 mètres. Le froid et l'air raréfié à cette altitude étaient implacables. À 3 000 mètres, il faisait déjà -30 °C. Elle s'était enduite d'une huile protectrice et s'était enveloppée de bandages pour se protéger du froid. Pour se protéger du froid glacial, elle se calait avec des journaux entre son pyjama de soie et sa combinaison de mécanicienne rembourrée. Elle avait un couteau dans ses poches pour se défendre contre les condors des Andes. Il n'y avait pas de radio à bord. En Belgique, on imagine mal à quel point les Andes étaient hostiles aux aviateurs. Avant son vol réussi du 1er avril 1921, elle avait déjà effectué deux courts vols d'essai.
Le seul itinéraire possible traversait des vallées fluviales périlleuses. Elle se fia entièrement à son instinct, cherchant un chemin qui la mènerait de l'autre côté. Quatre heures et quinze minutes après le décollage, Adrienne Bolland atterrit à l'aéroport de Lo Espejo (Santiago, Chili), alors école de pilotage militaire de Santiago. Elle fut la première femme à franchir les Andes. Les journaux d'Amérique du Sud firent l'éloge d'Adrienne, et elle fut célébrée partout.
Après une longue tournée en Argentine et en Uruguay, ponctuée de nombreux meetings aériens, elle rentra en France en juillet 1921. Son exploit y passa presque inaperçu. Le 3 septembre de la même année, elle participa au concours Simonet à Haren. Six jours plus tard, elle embarquait à nouveau pour l'Amérique du Sud, où elle effectua de nombreux vols de démonstration, toujours accompagnée de son fidèle mécanicien Duperrier. Au Brésil, elle vécut plusieurs vols périlleux. Avec son mécanicien, elle survécut de justesse à un atterrissage d'urgence et à un long périple à travers un terrain hostile.
En 1923, elle s'installa définitivement en France. Elle obtint son brevet de pilote d'avion de transport le 29 mars 1923, mais, en tant que femme, elle ne put trouver d'emploi dans aucune des compagnies aériennes de l'époque. Ses performances exceptionnelles en pilotage furent ignorées pendant de nombreuses années, tout simplement parce qu'il n'existait officiellement aucune catégorie dans laquelle les femmes pilotes pouvaient exceller.
Chez Caudron également, ses mérites ne furent pas reconnus et René Caudron la congédia, sans doute sous la pression de sa mère. On disait d'ailleurs que René Caudron était « marié à sa mère ». Au départ, Adrienne s'entendait bien avec René, mais elle refusa de l'épouser. La mère, jalouse et responsable de la comptabilité de la maison Caudron, détestait Adrienne et se réjouissait donc que son fils ait éloigné cette jeune fille à l'esprit libre.
Grâce à une généreuse compensation qu'Adrienne reçut finalement de Caudron, elle fit l'acquisition du Caudron C.127 F-AGAP. Le C.127 F-AGAQ fut également immatriculé à son nom. Les deux appareils furent immatriculés le 27 février 1924. Après le C.127, elle pilota un Morane AS et un Gourdou-Leseurre B7 pendant un certain temps à partir de 1933.
Le 27 mai 1924, aux commandes de son Caudron C.127 F-AGAP, elle réalisa pas moins de 212 boucles consécutives en 72 minutes, établissant un nouveau record du monde féminin. La même année, la France reconnut enfin son exploit de franchissement des Andes et la fit chevalier de la Légion d'honneur. Elle se consacra avec enthousiasme à la promotion de l'aviation en France, mais sa tournée fut un échec. Faute de financement suffisant, elle fut malheureusement exploitée par l'État français, qui savait que les spectateurs viendraient la voir voler simplement parce qu'elle était une femme. Mais Adrienne était une femme déterminée et continua de participer activement à de nombreuses compétitions, meetings aériens et démonstrations. À partir de 1928, elle commença également à organiser elle-même des réunions.
Le Caudron G.3
Le Caudron G.3 était propulsé par un moteur rotatif Le Rhône de 80 ch. Une version équipée d'un moteur Anzani de 100 ch existait également. À vide, le Caudron pesait 340 kg ; sa masse maximale au décollage était de 630 kg. Le G.3 atteignait une vitesse maximale de 112 km/h. Lors du vol au-dessus des Andes, l'appareil a maintenu une vitesse moyenne de 50 km/h.

L'autonomie d'un G.3 standard était de 4,5 heures. Pour le vol au-dessus des Andes, le mécanicien René Duperrier avait sacrifié le siège avant du G.3 et doublé la capacité du réservoir de carburant à cet endroit. L'autonomie passait ainsi à neuf heures, offrant une marge de sécurité confortable si Adrienne devait s'écarter de l'itinéraire prévu. En revanche, le surpoids dû au réservoir supplémentaire l'obligeait à alléger son équipement, notamment ses vêtements.
Le G.3 standard mettait 32 minutes pour atteindre 3 000 mètres. Le 17 juillet 1920, Adrienne effectua un vol d'essai de trois heures à Issy-les-Moulineaux (Île-de-France), où Caudron possédait également une succursale. Elle atteignit une altitude de 4 800 mètres, établissant ainsi un nouveau record d'altitude pour les femmes. Le précédent record était détenu par la baronne Raymonde de Laroche, décédée dans un accident le 18 juillet 1919, à l'âge de 34 ans, lors d'un vol au Crotoy, l'aérodrome où Adrienne débuterait sa formation quelques mois plus tard. Ce vol en haute altitude dut certainement renforcer la confiance d'Adrienne pour sa traversée des Andes.
Les G.3 ont été construits entre septembre 1914 et septembre 1924 et, naturellement, de nombreuses modifications ont été apportées au fil des ans, souvent par les mécaniciens des pilotes et sans l'autorisation des constructeurs.
Le G.3 était un avion facile à piloter et pouvait atterrir quasiment partout. Le célèbre pilote Jules Védrines réussit même à poser son appareil sur le toit du grand magasin La Fayette à Paris, le 19 janvier 1919. Heureusement, plusieurs volontaires étaient prêts à amortir la chute de l'avion. Le 30 juillet 1921, c'est un G.3, piloté par le Suisse François Durafour, qui se posa sur le Mont Blanc.
Les G.3 furent notamment fournis à l'école de pilotage militaire belge de Juvisy-sur-Orge (Île-de-France) ; certains appareils furent également immatriculés à titre civil en Belgique. Durant la Première Guerre mondiale, pas moins de 2 450 avions furent construits, et plusieurs furent utilisés par des aéroclubs et des pilotes privés après la guerre. En 1939, plus de 15 000 pilotes avaient été formés sur ce type de Caudron.
Combatif
En 1923, Adrienne rencontra Ernest Vinchon (†12 février 1966), pilote et parachutiste, héros de la Première Guerre mondiale et décoré de la Légion d'honneur. Il était issu d'une des plus grandes familles de l'industrie du fil et du tissage de Roubaix. Ernest avait également des origines belges. racinesErnest divorça de sa première femme et tourna le dos à sa puissante et riche famille par amour pour Adrienne. Ils se marièrent en 1930, devinrent inséparables et étaient toujours vus ensemble lors des meetings aériens. Le couple vécut longtemps près du Trocadéro à Paris. Le Caudron C.60 F-AJSK fut immatriculé au nom de Bolland-Vinchon à partir de 1930. Adrienne pilota également le Morane-Saulnier MS.36 AS F-ABHE (en 1933) et le Gourdou-Leseurre B.7 F-ANIX (de 1934 à 1939).
Durant la Seconde Guerre mondiale, toutes deux rejoignirent la Résistance française. Adrienne resta combative toute sa vie, féministe convaincue. Elle refusa de se conformer aux attentes de la société de son époque.

La dame qui effectua l'atterrissage de précaution près de Gand en 1921 devint ainsi une figure emblématique de l'aviation française. Elle demeura une figure marquante du monde aéronautique français jusqu'à un âge avancé. En Belgique, elle resta relativement méconnue ; la presse locale lui consacra peu d'articles. Elle repose auprès de son bien-aimé au cimetière de Donnery, village où se trouvait la maison de campagne de ses parents.
Plus d'informations sur Adrienne Bolland :
- www.youtube.com/watch?v=6ex5ZQKyLWs
- www.youtube.com/watch?v=o9HplX9Ld68
- www.youtube.com/watch?v=7JCYtFz7WJA
Sources:
- Les avions Caudron (Tome I), André Hauet, Lela Presse, Outreau, 2001
- Département de l'aviation du Musée royal de l'Armée à Bruxelles. Charlie de la Royère, éditions pat.H, Bruxelles
- L'Air sauvage, Adrienne Bolland 1895-1975. Coline Béry, Afnil, 2017
- Grâce à la famille Gallo, Coline Béry (https://colinebery.wordpress.com/) et Guy Viselé.

