Charleroi, le 29 octobre 2016. À l'initiative de la société de logistique Prepare2go, et avec le soutien officiel du Royal Aero Club du Royaume-Uni et de la Fédération Aéronautique Internationale, le Vintage Air Rally Crète au Cap (www.vintageairrally.com) le samedi 12 novembre 2016.
Prêts à partir pour le long voyage vers la Crète, Alexandra Maingard (« Frog ») et Cédric Collette (« Kiwi »). |
La nostalgie des rallyes aériens épiques de l'entre-deux-guerres et l'amour de l'aventure aérienne aux commandes d'avions « vétérans » (construits avant 1949) ont incité 27 pilotes de 12 nationalités à participer à ce voyage de plus de 9 000 kilomètres avec quinze avions.
Entre le 12 novembre et le 17 décembre 2016, ils tenteront de relier la Crète au Cap, en Afrique du Sud. Ce périple comprend 37 escales en 35 jours et la traversée de dix pays, avec des vols au-dessus des plus beaux sites d'Afrique de l'Est. Après la traversée de la Méditerranée entre la Crète et l'Égypte, les participants longeront le Nil et atteindront les vastes plaines du Kenya après avoir traversé le Soudan et l'Éthiopie. Le survol du Kilimandjaro et des chutes Victoria sera l'un des moments forts de ce voyage. Une escale à Zanzibar, suivie d'une courte pause, précédera le survol de la Zambie et du Zimbabwe, puis la traversée de l'Afrique du Sud avec l'arrivée prévue au Cap, où l'expédition prendra fin le 17 décembre 2016.
Outre le Stampe belge OO-GWB, engagé par l'équipe de la Brussels Aviation School sous le nom de « Team Frog & Kiwi », on note la participation d'un Bücker Bü-131 Jungmann (D-EEEK), de trois de Havilland DH-82a Tiger Moth, d'un appareil sud-africain (ZS-DNP), d'un appareil britannique (G-BPHR), d'un A2-PIX du Botswana, d'un Waco YMF5D (D-EDOP), d'un Antonov An-2 polonais (SP-KTS), d'un Piper J3C-65 Cub (G-KURK) et de trois Travel Air 4000. Plusieurs autres aéronefs accompagnent les participants du rallye : trois hélicoptères, un Cessna Caravan et plusieurs autres appareils, dont un ULM, le Pipistrel Sinus D-MYWE. Les organisateurs ont également autorisé d'autres aéronefs à accompagner certains tronçons du parcours.
Les Belges participent
Depuis plusieurs mois, les équipages se préparent à cette aventure. À Charleroi, Cédric Collette et Alexandra Maingard, qui dirigent conjointement l'École d'aviation de Bruxelles, ont choisi de piloter un avion de conception et de construction belges, le Stampe SV-4B OO-GWB, numéro de série 1171, anciennement le V-29 de la Force aérienne belge.
Le poste de pilotage plutôt rudimentaire du Stampe sera complété par un transpondeur, un GPS et une radio portable. |
L'École d'aviation de Bruxelles se limite volontairement à la formation PPL. Dès le départ, l'accent est mis sur l'application pratique de la licence internationale de pilote privé, en offrant aux élèves une formation plus complète : principalement, les compétences en matière de sécurité aérienne (comment organiser une navigation internationale), et non pas seulement les vols de circuit. L'École d'aviation de Bruxelles (www.brusselsaviationschool.com) a fait l'objet d'un rapport en juin 2013 Hangar Flying.
« La licence de pilote privé permet des vols de navigation exceptionnels, et nous allons le prouver ! Ce rallye à bord de notre avion sera une aventure extraordinaire, sachant qu'aucun Stampe au monde n'a jamais traversé le Congo ! Une première mondiale ! » nous confie Alexandra Maingard.
Et ce n'est pas un hasard si Alexandra et Cédric ont choisi le numéro 13 comme numéro de course. De nombreux événements importants de leur vie se sont déroulés un 13 : Cédric Collette a fondé l'École d'aviation de Bruxelles un 13 ; son premier vol en solo ; l'obtention par Alexandra de sa licence de pilote privé ; et leur mariage, également un 13.
Cédric Collette et Alexandra Maingard posent pour leur numéro de course « 13 », un nombre qui représente de nombreux bons moments dans leur vie. |
Construit dans les ateliers Renard, le Stampe SV-4B n° 1171 fut livré à la Force aérienne belge en 1951 sous la désignation V-29. En 1971, il fut acquis auprès des Domaines par deux pilotes privés gantois et immatriculé OO-GWB. En 1974, il fut vendu à l'Aéro-Club de Brasschaat. En avril 1976, Danny Cabooter, fondateur du Musée Stampe & Vertongen de Deurne, en fit l'acquisition ; il devint ainsi la première pièce de la collection du musée. En 2016, il fut vendu à ses nouveaux propriétaires, l'École d'aviation de Bruxelles. L'appareil a été méticuleusement restauré par Raymond Cuypers (Raymond Aircraft Restoration) à Anvers-Deurne. Il a retrouvé sa livrée gris argenté d'origine, celle qu'il arborait au début des années 1950, avant que la Force aérienne belge n'adopte la couleur orange pour ses SV-4B. Pour le rallye, elle est décorée des drapeaux belge et français, car Cédric est belge et Alexandra est française.
Bien que le rallye ne débute officiellement que le 12 novembre en Crète, le positionnement des avions, dont certains provenaient de régions éloignées, a dû être organisé, et cette étape marque à elle seule le début de l'aventure. Trois équipages nord-américains ont décidé de faire le voyage de Charleroi à la Crète avec l'équipage belgo-français du Stampe SV-4B. Trois magnifiques biplans Travel Air 4000, expédiés d'Amérique en Angleterre, ont été réassemblés à Shoreham et ont traversé la Manche pour rejoindre l'équipage du Stampe.
Chaque équipage participant a un nom, et chaque avion arbore le drapeau de sa nationalité en grandes lettres sur l'empennage. Pedro et Emilie, les pilotes du Travel Air 4000E NC9048 (n° de série 849), numéro de course 7, représentent l'« Équipe Canada » et sont originaires de Vancouver.
L'équipage du N6263 (s/n 730), numéro de course 11, est composé de Nick et Lita Oppegard sous le nom de « Team Alaska ».
Leur fils Colin rejoignit Keith pour former la « Team Barnstormer » avec le troisième Travel Air immatriculé, NC8708 (numéro de série 926), numéro 8, un modèle 4000D originaire de Californie. Ces trois appareils furent construits en 1928 et 1929 !
Initialement prévu pour le vendredi 28 octobre, le départ a été reporté d'un jour en raison des conditions météorologiques. Lors de son briefing avec les pilotes américains la veille, Cédric Collette avait proposé trois itinéraires possibles, le choix final dépendant de la météo. Premier scénario : descendre directement vers le sud en direction de la Côte d'Azur, rejoindre l'Italie via la Corse et longer la côte ouest italienne. Deuxième scénario : voler vers le sud-est en traversant les Alpes entre la Suisse et l'Italie ; troisième option : voler plus à l'est et rejoindre la mer Adriatique via l'Autriche. Le premier scénario a été retenu en raison des conditions météorologiques automnales et de la difficulté de traverser les Alpes avec un avion léger, très sensible au vent.
En fonction de la distance à parcourir (environ 1 620 milles nautiques, soit environ 3 000 km) et des performances limitées de ces appareils anciens, ils espèrent effectuer la traversée Charleroi-Crète en cinq jours de vol, avec une marge pour les éventuels retards liés aux conditions météorologiques. Le Stampe SV-4B, équipé d'un moteur Gipsy Major de 145 ch, peut voler à environ 70 nœuds (environ 130 km/h) et emporte 90 litres de carburant. Sa consommation est d'environ 25 litres par heure. De ce fait, son autonomie est limitée à des vols d'environ 3 heures, ce qui, en raison de sa faible vitesse, nécessite des escales fréquentes pour le ravitaillement.
De Travel Air 4000
Le constructeur américain Travel Air, peu connu outre-Atlantique, fut fondé en 1924 à Wichita, au Kansas, par Walter Beech, associé à deux autres figures emblématiques de l'aviation : Clyde Cessna et Lloyd Stearman. Ils développèrent plusieurs avions monomoteurs performants pour l'époque et produisirent un peu plus de 400 appareils en 1928. L'année suivante, avec 547 livraisons, ils devinrent le premier constructeur mondial d'avions civils en 1929, employant jusqu'à 1 000 personnes. L'entreprise fut rachetée par Curtiss-Wright en 1931, et les associés fondateurs se séparèrent pour créer leurs propres sociétés. Certaines portent encore le nom de Beech et Cessna, tandis que d'autres restent célèbres, comme Stearman, rachetée par Boeing au début de la Seconde Guerre mondiale. Les anciennes usines de Travel Air à Wichita furent reprises par Beech, qui y produisit initialement le célèbre Beech 17 « Staggerwing », suite au transfert par Curtiss-Wright de la production de Travel Air à Saint-Louis et à l'arrêt de la production de ces avions en 1932 en raison de la récession économique.
Quatre jets d'affaires de luxe occupent le tarmac du nouveau terminal Executive de l'aéroport de Charleroi ! |
L'avion le plus populaire de la gamme Travel Air est le Type 4000, produit en pas moins de 12 modèles et 31 versions. Ce magnifique biplan monomoteur triplace (deux cockpits ouverts) entra en service en 1926 et fut équipé de divers moteurs, allant du Kinner de 100 ch au Wright J-6-9 de 300 ch. Les Travel Air 4000 engagés dans le Rallye étaient équipés d'un moteur radial sept cylindres refroidi par air développant 225 ch. Initialement connu sous le nom de Wright Whirlwind, il fut ensuite produit sous licence par Continental sous la désignation R-670 ou W670. Sa consommation en croisière est de 49 litres par heure (13 gallons US/heure). Sa vitesse de croisière est de 65 nœuds.
De Charleroi à la Crète…
Le grand décollage aura lieu le samedi 29 octobre à 13h00. Le Stampe SV-4B OO-GWB sera le premier à décoller de la piste 25 à Charleroi, sous le regard enthousiaste de ses supporters.
Il est accompagné de trois North American Travel Air 4000, et les quatre appareils font une première escale à Dijon-Bourgogne (LFSD) pour se ravitailler. Les équipages espéraient atteindre Lyon-Bron, mais le mauvais temps les a contraints à se dérouter vers Mâcon (LFLM).
Alexandra (« Frog ») raconte sur son blog : « Malgré l’anticyclone qui s’est installé sur la France ce week-end, nous avons dû naviguer avec un plafond local de 600 mètres… surtout en Bourgogne. Nous n’étions pas fiers. Les contrôleurs aériens français ont été exemplaires ; ils nous ont pris sous leur aile, guidés et autorisés à survoler l’aéroport de Lyon à la verticale pour nous sortir d’une situation délicate ! Dès que nous avons franchi les dernières collines du Beaujolais, hop, le ciel s’est dégagé et est devenu azur. Cap au sud et à la Provence ! »
La prochaine étape est Avignon pour faire le plein, puis direction Cannes-Mandelieu (LFMD) pour la nuit.
L'avion Travel Air 4000 de l'équipe canadienne a malheureusement dû rester à Cannes en raison d'une grave panne de moteur. L'équipage a dû acheminer un nouveau moteur de Californie, le faire installer à Cannes, puis repartir pour rejoindre la Crète avant le 12 novembre. Les deux autres équipages de Travel Air ont décidé de rester avec eux.
Le malheureux Travel Air E-4000 NC9048 s/n 7849 de « Team Canada » sera bloqué à Cannes en raison de problèmes de moteur. |
Le Stampe décolle donc seul et arrive à Sienne, en Italie, le 31 octobre. Après un réveil matinal le lendemain et un petit-déjeuner sous le soleil radieux de Toscane, Cédric (Kiwi) et Alexandra (Frog) décident de traverser les montagnes et de rejoindre la côte adriatique. Pas de vent, une visibilité excellente et les zones militaires fermées en ce jour férié (la Toussaint). Le Stampe décolle en effectuant un quart de virage avant de monter à 1 676 mètres pour survoler les plus hauts sommets. Il ne fait pas chaud là-haut (6 °C), mais quel spectacle ! La côte, juste au sud d’Ancône, est atteinte après une bonne heure de vol, et les pilotes descendent progressivement à 305 mètres pour trouver des températures plus agréables. Arrivée à Pescara, après un ravitaillement rapide et un sandwich à côté de l’avion, le Stampe redécolle en direction de Brindisi, qu’ils doivent atteindre avant le coucher du soleil. Et c’est reparti pour 200 milles nautiques le long de la côte. L'air est parfaitement calme et la visibilité excellente. Vol de croisière entre 500 et 1 000 pieds au-dessus du sol. Les contrôleurs aériens sont très coopératifs, même lorsqu'ils demandent plusieurs fois de préciser le type d'appareil. Je ne sais pas s'il y a beaucoup de SV4 sur ce secteur. Arrivée à Brindisi quelques minutes après le coucher du soleil, après un vol de 5 h 30 !
Pendant ce temps, l'équipe « Canada » se fait livrer une nouvelle moto de Californie, ainsi que son mécanicien, et espère quitter Cannes le lundi 7 novembre, à temps pour son départ de Crète le 12 novembre. Les équipes « Alaska » et « Barnstormers » ont décidé de quitter Cannes, car il est inutile d'attendre et de risquer de ne pas être en Crète jeudi.
Le lendemain (2 novembre), l'équipage franco-belge du SV-4B traversera une portion de la mer Adriatique entre le talon de la botte italienne et l'île de Corfou, une traversée obligatoire pour ravitailler l'appareil en carburant aviation. Il s'agit du premier vol d'entraînement de la flotte avec le Stampe et donc d'une bonne préparation pour la grande traversée de la semaine prochaine.
Le départ de Brindisi n'est prévu que vers 11 heures. Frog avait oublié son oreiller à l'hôtel, qui lui sert de dossier dans le Stampe. Le confort y est spartiate, l'oreiller est donc indispensable ! Décollage sur la piste 22, presque plein sud, pour un vol d'une heure et demie jusqu'à Corfou.
Le Stampe suivra la côte italienne jusqu'à son extrémité, au niveau du talon de la botte, afin de minimiser le temps de vol au-dessus de la mer. Il montera ensuite à 1 500 mètres pour la traversée. Malgré un soleil radieux, il fait froid et il y a du vent. Cédric déteste les traversées transatlantiques. Il ne dira rien de plus jusqu'à ce que l'avion soit à portée de vol plané des premières îles grecques au large de Corfou. Frog communique sur la fréquence des pilotes (123,45 MHz) avec Manfredo Santopinto et François Veysset, les deux pilotes qui escortent l'OO-GWB jusqu'en Crète à bord du Piper PA-28-161 Warrior OY-PHK de l'École d'aviation de Bruxelles. Ils transportent les bagages et des pièces de rechange, qui seront ensuite pris en charge par un des avions d'assistance de l'organisateur.
Ils sont en Grèce
À gauche, le Stampe affiche les couleurs bleu-blanc-rouge de notre voisin du sud, car Alexandra est de nationalité française. |
Le 3 novembre, après un départ en début d'après-midi de l'île de Corfou, dans le nord-ouest de la Grèce, il s'avère impossible d'atteindre Megara (LGMG), l'aéroport d'aviation générale d'Athènes, avant le coucher du soleil en raison de quelques retards : chaque vol VFR en Grèce nécessite une autorisation qui prend beaucoup de temps à obtenir… L'équipe Stampe passe la nuit sur le petit aérodrome privé de Messolonghi, géré par un ancien pilote de l'armée de l'air hellénique, George Prevezanos, qui les accueille chaleureusement.
Le lendemain, 4 novembre, à 10h30, nous avons décollé pour Mégare, où nous sommes arrivés à midi. Là aussi, nous avons eu le plaisir de rencontrer Sofianos Elias, propriétaire de la compagnie Superior Air (école de pilotage, maintenance,
Un taxi aérien prend la tête et propose de garer le Stampe dans son hangar, car les conditions météorologiques vers la Crète sont incertaines.
En raison du retard causé par le mauvais temps en France au début du voyage, Alexandra retourne rapidement en Belgique pour faire ses valises.
Cédric effectuera seul la dernière étape du rallye, d'Athènes à La Canée (LGSA), sur la côte nord-ouest de l'île. De Stampe décollera pour la Crète samedi 5 novembre en début d'après-midi, une semaine après son départ de Charleroi. À la grande satisfaction de tous, l'avion belge est le premier concurrent à arriver au départ du rallye. Il sera accueilli par une équipe de la télévision grecque.
Raymond Cuypers, de Raymond Aircraft Restoration, a préparé le Stampe pour cette expédition. Il était en Crète pour accueillir l'OO-GWB à son arrivée. |
Raymond Cuypers sera également présent, profitant de quelques jours de vacances sur l'île tout en apportant son soutien technique à la Stampe qu'il a contribué à préparer pour le Rallye. Une dernière courte spéciale de positionnement est prévue le jeudi 10 novembre, afin de rejoindre le point de départ du Rallye, Sitia (LGST), situé de l'autre côté de l'île.
Cédric reçoit également de bonnes nouvelles de ses amis américains et canadiens : les équipes « Alaska » et « Barnstormer » sont bien arrivées à Corfou, et le moteur de rechange de l’équipe « Canada » est sur le point d’arriver à Cannes, ce qui laisse espérer qu’elles pourront redécoller le lundi 7 novembre et être à temps pour le départ de Crète le 12 novembre.
La préparation de l'équipage belge avant le rallye est remarquable. Un vol Charleroi-Corfou en automne, à bord d'un biplan à cockpit ouvert aux performances limitées, constitue une préparation plus que suffisante pour l'aventure à venir. Et, arrivés au point de départ bien à l'avance, après quelques jours de repos bien mérités, la longue première étape (environ 3 heures de vol), la traversée maritime de la Crète à l'Égypte le 12 novembre, peut être abordée sereinement.
Hangar Flying souhaite bonne chance à l'équipage du Stampe et invite ses lecteurs à suivre la progression du OO-GWB et de son équipage tout au long de la course sur le blog. http://500-feet-above.com.
Et également via le site officiel du rassemblement : www.vintageairrally.com
Les lunettes en cuir et la jauge à carburant sur le pare-brise évoquent l'époque des pionniers de la grande course aérienne et leurs avions à cockpit ouvert. |
Merci à Alexandra Maingard et Cédric Collette, dont les blogs nous ont été d'une grande aide pour compléter cet article.
Texte et photos : Guy Viselé
