**Temploux, le 20 avril 2013. Un large public a répondu à l'appel de James Kenny, directeur général de la jeune école Aero-Motion basée à Namur. Face aux menaces qui pèsent sur les aéroports de Spa et de Saint-Hubert depuis le début de l'année, il a eu l'idée d'organiser une rencontre entre les gestionnaires et les usagers des aéroports, ainsi que les clubs et les entreprises du secteur de l'aviation générale en Wallonie.**
| James Kenny, directeur de la jeune école de pilotage Aero-Motion de Namur, a initié la réunion et ouvert le débat. (Photo : Guy Viselé) |
Depuis le début de l'année, les mauvaises nouvelles s'enchaînent à un rythme effréné. Spa subit de plein fouet les conséquences d'un désaccord entre des ministres wallons « compétents » et leur gouvernement, désaccord qui a conduit à la fermeture de l'aéroport le 19 février. Saint-Hubert se trouve également dans une situation délicate en raison de l'opposition de certains aux projets d'aménagement d'Idelux pour le site. À Charleroi, suite au spectaculaire accident d'un Cessna 210 en février et à ses répercussions sur le trafic aérien commercial, la menace d'interdire l'aviation générale les jours de forte affluence a été brandie.
L'aviation générale sert souvent de tremplin vers une carrière dans l'aviation, contribuant au développement de l'aviation commerciale par la formation de nouveaux pilotes et techniciens. Elle représente également un nombre important d'emplois, un atout majeur en temps de crise. Le déclin d'activité dû aux nombreuses restrictions imposées à l'aviation générale entraînera à terme une diminution du nombre de pilotes formés en Belgique, la délocalisation d'expertises reconnues et la relocalisation de structures professionnelles.
Un malaise généralisé règne. L'objectif de cette réunion est de permettre aux personnes concernées par ce problème de s'unir afin de définir des positions et des arguments communs, et de recueillir des commentaires et des questions pertinents à soumettre à nos dirigeants politiques.
| Un motoplaneur Scheibe SF.25B Falke du Centre national de vol à voile, devant le restaurant de l'aérodrome de Saint-Hubert. (Photo : Guy Viselé) |
Une trentaine de personnes ont participé à ce que l'on pourrait aisément qualifier d'« Assemblée générale des usagers des aérodromes wallons ». Des représentants de l'aérodrome de Spa et de ses usagers, des pilotes de planeur de Temploux, Verviers et Saint-Hubert, la Fédération belge des clubs de vol à voile, de nombreux clubs et écoles de pilotage, des ateliers d'aviation générale, des représentants et usagers des aérodromes privés de Cerfontaine, Namur-Temploux, Saint-Ghislain et Verviers-Theux, des pilotes privés, des pilotes professionnels et/ou des instructeurs – en bref, une très bonne représentation de l'aviation générale et de loisirs wallonne réunie à cette première rencontre aéronautique « régionale ».
Première observation : lors des événements récents, les utilisateurs locaux ont été en première ligne, alors qu’il est nécessaire d’unir les défenseurs de l’aviation sportive aux niveaux régional et national.
| Un public nombreux et très représentatif des différents secteurs de l'aviation générale et de loisirs wallonne a participé de manière constructive au débat. (Photo Guy Viselé) |
Auparavant, l'Aéroclub Royal Belge jouait un rôle fédérateur et était l'interlocuteur privilégié des autorités. Il représente l'ensemble des sports aériens à travers ses différentes fédérations affiliées. Cependant, il est aujourd'hui dépassé et souffre d'un manque de renouvellement de sa direction. Ceci est dû en partie au phénomène de régionalisation, qui a conduit à la communalisation du sport, y compris des sports aériens, et donc à la duplication des fédérations dans les ailes flamande et francophone, à l'obligation de fournir d'éventuelles subventions, et également à la difficulté de trouver suffisamment de bénévoles.
La réunion a souligné la nécessité d'une représentation commune. Concernant l'aviation motorisée, la Fédération belge des aéroclubs (FCBA) ne compte que deux membres wallons, les aéroclubs de Spa et de Verviers, alors que tout aéroclub peut y adhérer. La question est donc la suivante : faut-il créer une structure nouvelle ou revitaliser les structures existantes ?
Quoi qu’il en soit, il est urgent de désigner un représentant de l’aviation générale wallonne comme interlocuteur compétent auprès des autorités. L’instance de consultation officielle entre les autorités fédérales et les usagers est le BELAC (Coordination de l’espace aérien belge), qui se réunit deux fois par an à la Direction générale de l’aviation civile (DGTA). Les usagers peuvent y exprimer leurs points de vue et en discuter avec l’administration, les militaires et Belgocontrol. On constate une faible mobilisation de la part de la communauté francophone, faute de participants. Certes, ce travail de lobbying nécessaire est extrêmement chronophage et le bénévolat a ses limites.
Un sondage permet à chacun d'exprimer ses préoccupations, et elles sont nombreuses. Les problèmes de Spa et de Saint-Hubert ont fait la une de l'actualité ces derniers temps, mais ils ne sont pas les seuls sujets d'inquiétude.
**Spa**
Le 23 janvier 2013, le ministre wallon de l'Environnement, l'écologiste Philippe Henry, a révoqué l'autorisation d'exploitation de l'aéroport de Spa suite à un recours de la société Spadel et contre l'avis de la ville de Spa (dont le maire est membre du MR, parti d'opposition au niveau régional). Suite à cet avis défavorable, la SOWAER, qui gère plusieurs aéroports et aérodromes publics en Wallonie, a décidé de fermer l'aéroport à compter du 19 février 2013.
![]() | Un Cessna 150 du Royal Aero Club de Spa devant le hangar et le bureau de navigation de l'aérodrome. (Photo : Guy Viselé) |
Le recours de Spadel repose sur le fait que les autorités de la Région wallonne ont délivré l'autorisation hors délai. L'aéroport est donc pénalisé par un ministre wallon pour une erreur de sa propre administration ! Les autorités régionales (de leur propre initiative) accordent une autorisation tardive, que leur ministre rejette ! L'attitude négative de l'exploitant des sources thermales de Spa découle de la crainte d'un risque de pollution potentiel en cas de crash d'avion… dont la probabilité et les conséquences potentielles sont négligeables comparées à d'autres risques de pollution (comme le trafic routier). Il convient de noter que le ministre régional du Budget, André Antoine (CDH), en charge des aéroports wallons, a clairement indiqué qu'il ne souhaitait plus gérer des aéroports déficitaires comme Cerfontaine (privatisé), Saint-Hubert (intégré à Idelux) et Spa. Des négociations étaient en cours pour Spa entre la ville de Spa, l'Aéro-Club royal de Spa et le club de parachutisme Skydiving, en vue d'une privatisation de l'aéroport. La ville de Spa exige le respect du contrat de location du site aéroportuaire qui la lie à la Région wallonne et qui court encore pendant 40 ans.
| Le ministre wallon du Budget, André Antoine, a conservé la compétence sur les aéroports et aérodromes publics de Wallonie, mais cherche à se désengager des sites non rentables. (Photo : Guy Viselé) |
Les usagers ont porté l'affaire devant le tribunal de première instance de Namur, qui a statué le 5 avril 2013 que la fermeture était illégale. Après 46 jours de fermeture, l'aéroport a rouvert ses portes le 6 avril 2013. Mais cette victoire ne signifie pas la fin des problèmes.
L'aéroport coûte 500 000 € par an à Sowaer, et sa pérennité est menacée si un plan d'investissement compatible avec les intérêts de Spadel n'est pas trouvé. On estime que la société qui exploite l'eau des sources thermales verse environ 5 millions d'euros de redevances à la ville de Spa (un cinquième de son budget) au titre de la concession qui l'autorise à exploiter ces sources, et elle emploie environ 600 personnes.
L'aéroport génère à lui seul une quarantaine d'emplois. L'année dernière, il a enregistré plus de 27 000 sauts en parachute et plus de 18 000 mouvements d'aéronefs.
**Saint-Hubert**
Depuis mai 2010, la société intercommunale de la Province de Luxembourg, Idelux, gère l'aérodrome de Saint-Hubert. Elle détient actuellement 70 % des parts, les 30 % restants appartenant toujours à la Région wallonne. Cette participation majoritaire résulte d'un accord politique permettant à la SOWAER de se retirer progressivement des aérodromes non rentables qu'elle gérait (Cerfontaine, Spa et Saint-Hubert). L'ambition d'Idelux est de redynamiser Saint-Hubert en créant des emplois et en réduisant le déficit actuel (environ 300 000 € par an). À cette fin, Idelux a lancé un vaste projet de réhabilitation du site (115 hectares), comprenant la construction d'une piste revêtue de 800 mètres et la création d'un parc économique de 4 hectares dédié aux activités aéronautiques (maintenance et formation), avec la construction de deux nouveaux hangars. Ce projet pourrait potentiellement bénéficier de 2 millions d'euros de subventions de la Région wallonne.
Mais trois pilotes et deux riverains ont déposé un recours auprès du Conseil d'État pour obtenir l'annulation de ce projet d'aménagement. Nous assistons donc à une situation pour le moins étonnante où des pilotes bloquent un projet d'aménagement de leur propre aéroport.
![]() | Le vol à voile et Saint-Hubert sont liés depuis des décennies, mais cette activité à elle seule ne suffit pas à couvrir les frais de fonctionnement du site. (Crédit photo : IDELUX – Kévin Manand) |
Il est reconnu que la piste goudronnée limitera les possibilités de vol à voile, mais cette activité seule ne suffit pas à couvrir les coûts d'exploitation et n'est pratiquée que cinq mois par an. L'ouverture d'Idelux à un développement multisectoriel des activités d'aviation générale transformera assurément le site. Ce qui n'est pas sans risque. Mais cette approche a le mérite d'assurer sa pérennité. Ce recours au Conseil d'État aura, en tout état de cause, des conséquences négatives inévitables : il menace de fermer l'aérodrome pendant des mois, mettant en péril les subventions régionales, celles-ci étant conditionnées à la fin des travaux au plus tard en septembre 2014. Et si le Conseil d'État donne raison aux opposants, la fermeture est imminente. La presse a évoqué le 1er juillet 2013, mais Idelux attend d'abord la décision de justice et ne souhaite en aucun cas compromettre la saison 2013. Cependant, en cas de décision de justice défavorable concernant la future Zone d'Activité Économique, le conseil d'administration d'Idelux pourrait revoir ses plans et décider de fermer le site.
![]() | Un joyau au cœur des Ardennes : le magnifique site de Saint-Hubert a été acquis il y a trois ans par la société intercommunale Idelux. (Crédit photo : IDELUX – Kévin Manand) |
Nous assisterions alors à la répétition du scénario survenu il y a de nombreuses années, avec la fermeture de l'aéroport de Het Zoute suite aux exigences d'un petit comité de locataires qui interdisait toute initiative lucrative. Et nous perdrions un site magnifique.
**Autres préoccupations**
À Charleroi, suite au spectaculaire accident d'un Cessna 210 en février, l'aéroport a dû fermer ses portes pendant une demi-journée, entraînant des annulations et des retards importants pour de nombreux vols commerciaux. L'aéroport avait annoncé une interdiction de vol pour les aéronefs de moins de 6 tonnes aux heures de pointe, mais cette mesure a été reportée après consultation des usagers. Cependant, la pression devrait s'accentuer compte tenu de la croissance continue de l'activité commerciale à Charleroi.
À Liège, alors que la moitié du trafic diurne est constitué de vols à la demande et que le trafic commercial est particulièrement intense la nuit, des hausses tarifaires très importantes sont annoncées (certains tarifs triplent). C'est regrettable, car l'aéroport pourrait bénéficier d'un essor de l'aviation générale, ce qui compenserait utilement le faible nombre de vols commerciaux en journée.
Le monde du vol à voile s'inquiète du rétrécissement constant de l'espace aérien dans lequel il peut évoluer, sous la pression du développement du trafic commercial qui exige un contrôle accru. Aux alentours de Temploux, les pilotes de planeur sont pris en étau entre une zone militaire et l'approche de Charleroi. La restructuration de l'espace aérien par Belgocontrol empêche les planeurs d'atteindre une altitude suffisante. Certes, l'espace aérien belge est restreint et parmi les plus fréquentés et les plus complexes d'Europe, et satisfaire toutes les catégories d'usagers n'est pas chose aisée. Mais ce sport aspire à une répartition plus équitable de l'espace aérien et, là encore, a besoin de défenseurs compétents et disponibles pour s'y investir.
Cerfontaine a moins de problèmes avec l'espace aérien civil, mais souffre des restrictions résultant de sa proximité avec la TMA militaire de Florennes : il est pratiquement impossible de voler en semaine.
![]() | Le magnifique site de Cerfontaine est limitrophe de la TMA de Florennes, ce qui restreint les possibilités de vol en semaine. (Photo Jean-Pierre De Cock) |
Les petits ateliers de maintenance expriment également des inquiétudes quant à la formation du personnel technique et à l'interprétation restrictive de la réglementation de l'AESA par la Direction générale de l'aviation civile (DGTA). Le risque de perte de savoir-faire hautement spécialisé, notamment pour la maintenance des avions en bois et en toile, pourrait en être une des conséquences.
Concernant les licences de pilote, l'introduction des licences européennes soulève de nombreuses questions pratiques. Quant aux écoles, elles font face à une baisse des recrutements dans les compagnies aériennes, et donc à une diminution de la demande, ce qui peut entraîner une chute des prix. Il est impératif de réduire les coûts. Plutôt que de chercher à pratiquer des prix inférieurs à ceux de la concurrence, ne serait-il pas préférable de partager les coûts ?
L'introduction du nouveau système des organismes de formation aérienne (ATO) de l'AESA, qui remplace les FTO, pourrait offrir une occasion unique de créer une structure administrative commune et de partager les coûts entre les participants, au lieu que chacun les supporte au sein d'une petite structure. Cependant, cela nécessitera de dépasser l'individualisme et d'adopter une vision plus large, comme cela est actuellement exploré en Flandre.
Autre sujet de préoccupation : la prolifération des éoliennes, notamment à proximité immédiate des aérodromes, et la pression écologique qui menace certains sites, comme celui de Liernu ULM. Les demandes d’autorisation pour de telles installations à proximité des aérodromes soulèvent des tensions entre les impératifs environnementaux et la sécurité aérienne. Outre la hauteur qu’elles créent dans la zone d’approche, les éoliennes provoquent également des échos fantômes et des interférences lorsqu’elles sont situées près d’antennes radar ou de balises de navigation.
| La prolifération des éoliennes est préoccupante, tant pour la sécurité aérienne que pour la protection des abords des sites existants. (Photo Guy Viselé) |
Point positif, il semble que la DGTA ait pris conscience des menaces réelles qui pèsent sur l'aviation générale et ait fait part de ses préoccupations au secrétaire d'État à la Mobilité sous la forme d'une note factuelle.
Heureusement, il existe encore plusieurs aéroports privés qui accueillent des vols généraux et de loisirs. Cependant, leur survie repose souvent davantage sur la passion aéronautique de leurs fondateurs que sur une rentabilité pure.
![]() | Heureusement, il existe encore des zones privées où l'aviation générale et les sports aériens sont autorisés. Saint-Ghislain, près de Mons, en est un parfait exemple. (Photo : Paul Van Caesbroeck) |
**Conclusions**
L'aviation générale en Wallonie manque de cohésion. Une réorganisation en profondeur s'impose. Comment structurer cette action ? Et comment redorer l'image de l'aviation ?
La réunion s'est déroulée dans une atmosphère constructive et a témoigné d'une réelle volonté des participants de collaborer pour mieux défendre le secteur. Le président a invité tous les participants à soumettre leurs suggestions et examinera la question fondamentale de la coordination des efforts. Ce ne sera pas chose aisée, car de nombreux acteurs du secteur luttent pour survivre dans un contexte économique difficile et peinent à trouver le temps de se porter volontaires pour des échanges et des réunions.
Espérons que la nécessité de s'organiser collectivement l'emporte sur les vieilles habitudes de défense des intérêts personnels, et que ces « états généraux » débouchent sur une structure et une action favorisant la préservation et le développement des infrastructures et des activités de l'aviation générale et de loisirs en Wallonie. La nécessité de former les futurs pilotes dont les compagnies aériennes auront besoin demain, ainsi que les emplois hautement spécialisés que représente ce secteur, sont des arguments qui doivent être mieux pris en compte dans le contexte du développement économique régional.
| Un site qui fonctionne bien et qui ne fait pas trop parler de lui : Verviers-Theux. (Photo : Guy Viselé) |
Texte : Guy Viselé






