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Les Belges au Bourget

Paris-Le Bourget, 19 juin 2017. Le récent 52è Salon de l’Aéronautique et de l’Espace, qui s’est tenu à l’aéroport de Paris-Le Bourget du 19 au 25 juin 2017, a réuni comme tous les deux ans les acteurs industriels du secteur et présenté quelques nouveautés particulièrement intéressantes. Pas moins de 2.381 exposants (une augmentation de 3% par rapport à l’édition 2015) étaient présents. Environ 130 avions étaient exposés ou présentés en vol. Avec quelques nouveautés plus qu’intéressantes tant civiles que militaires.
 
Le face-à-face des géants: l’Airbus A350-1000 était présenté pour la première fois au Salon…
 
Airbus et Boeing présentaient pour la première fois les versions les plus récentes de leurs produits phares. L’Airbus A350-1000, qui a effectué son premier vol en novembre 2016, et l’A321 NEO (premier vol en avril 2017) étaient confrontés à leurs concurrents de Boeing, le 787-10 (premier vol en mars 2017) et le 737 MAX-9 (premier vol en avril 2017).
 
…tout comme son concurrent américain, dernière version en date du Dreamliner, le Boeing 787-10. 
 
Les japonais présentaient pour la première fois leur biréacteur Mitsubishi Regional Jet (MRJ-90), peint aux couleurs du client de lancement, All Nippon Airlines, et le quadriréacteur Kawasaki P-1 de lutte anti-sous-marine, qui vise le marché de remplacement des Lockheed P-3 Orion.
 
Le troisième prototype du Mitsubishi MRJ a interrompu ses essais en vol pour être présenté en première mondiale à Paris.
 
Côté militaire, la confrontation de deux candidats à la succession des F-16 belges, le Dassault Rafale et le Lockheed-Martin F-35A, nous rappelaient le salon de 1975 et le duel entre le Mirage F-1E et le F-16A (suivi de l’annonce de la commande belge pour le chasseur américain).
En aviation d’affaires, première parisienne pour le Honda Jet et le Gulfstream 500. Et l’aviation générale était bien présente, avec notamment le mono-réacteur Cirrus SF50 Vision Jet, et chez Diamond le nouveau cinq places DA-50 V motorisé par un diesel Safran-SMA de 260 cv. Daher (ex Socata) présentait les dernières versions de la famille des TBM, les-910 et -930, qui se différencient par le degré de sophistication de leur avionique Garmin. En hélicoptères, première apparition du biturbine Airbus Helicopters H-160 et du drone VSR700 dérivé du Guimbal Cabri G-2.
 
Autre surprise japonaise, le Kawasaki P-1 qui vise la succession des nombreux Lockheed P-3 Orion de lutte anti-sous-marine.
 
Malgré ce plateau plus qu’intéressant, le nombre de visiteurs affiche une baisse (142.000 professionnels, soit moins 6%) (180.000 grand public, soit moins 10%), en raison notamment du climat sécuritaire, de la canicule, et d’une actualité politique française (élections législatives) qui a diminué la couverture médiatique de l’événement. Mais par contre, la valse des annonces de commandes atteint le chiffre record de 150 milliards de dollars, dont plus de 900 avions de ligne.
 
La peinture agressive du premier Embraer 195E2, avec une impressionnante tête d’aigle et un nom de baptême très accrocheur: The Profit Hunter.
 
C’est tout bénéfice pour l’industrie aérospatiale belge, dont de nombreux acteurs sont sous-traitants des grands constructeurs aéronautiques (Airbus, Boeing, Bombardier, Dassault, Embraer, Gulfstream, Safran, etc). Pas moins de 80 firmes belges étaient regroupées sous la dénomination commune « Belgian Aerospace » dans le hall 2B. Outre les grands acteurs, un nombre impressionnant de petites et moyennes entreprises exposaient leurs talents et expertises, et les contacts commerciaux ont été nombreux. Leur participation témoigne du dynamisme et du talent de nos entrepreneurs qui viennent à Paris pour nouer des contacts et négocier des contrats notamment en sous-traitance ou en services spécialisés.
 
Le Boeing 737 dans sa deuxième version (Max 9) a effectué son premier vol en avril 2017. 
 
Une des nouveautés du Salon, le biréacteur de transport militaire Embraer KC-390, est équipé de « slats » (becs de bord d’attaque à fente) développés et construits en Belgique par la firme ASCO (www.asco.be). Le « core business » d’ASCO, c’est la conception et l’usinage de « high lift devices » (dispositifs augmentateurs de portance), de pièces mécaniques complexes et d’éléments fonctionnels majeurs en métal dur pour l’industrie aéronautique internationale. ASCO annonçait d’ailleurs la livraison des deux premiers volets Krueger développés dans le cadre du projet DEAMAK (partiellement financé par le programme européen de recherches Clean Sky). L’objectif est de les tester en vol sur un Airbus A340 afin de vérifier cette technologie pour les avions du futur, avec l’espoir d’obtenir une réduction de 6% des consommations (et donc des émissions de CO2) grâce à une réduction importante de la trainée due à un écoulement laminaire naturel. Fournisseur de pièces pour les deux plus grands constructeurs aéronautiques mondiaux, Airbus et Boeing, ASCO est aussi présente dans de nombreux autres programmes industriels civils (Bombardier, Dassault, Embraer) et militaires (Airbus A400M, Lockheed-Martin F-35 JSF).
 
L’avion de transport militaire brésilien Embraer KC-390 fait notamment appel à la technologie belge d’ASCO.
 
FN Herstal (www.fnherstal.com) est le spécialiste de la conception, fabrication et intégration de systèmes d’armes pour hélicoptères et avions subsoniques, dont des mitrailleuses, lance-rockets et munitions. Pas moins de 3.000 hélicoptères et avions subsoniques équipés d’armements FN-Herstal sont en service dans le monde. Plusieurs appareils exposés au statique étaient dotés d’armements provenant du fabricant liégeois.
 
La version militaire de l’Airbus Helicopters H145, le « M », avec sa panoplie d’armements dont la mitrailleuses FN MG58 calibre 30. 
 
Présente dans les trois régions du pays, SABCA (www.sabca.com) vise trois marchés : avions civils et de transport, systèmes de lancement de satellites, et défense. Et a profité du Salon pour annoncer le développement d’activités dans le secteur des drones, à la fois au départ de l’ex-aérodrome militaire de St-Truiden-Brustem, et de ses installations à Charleroi. Depuis la signature d’un premier contrat « risk-sharing » avec Airbus en 1989, SABCA a été sélectionnée en tant que partenaire de tous les nouveaux programmes d’Airbus. Elle fabrique notamment les planchers de cabine, les « wing boxes », les cônes de nez et les portes de train d’atterrissage pour différents modèles. SABCA travaille aussi à la conception et à la fabrication de sous-ensembles métalliques et composites pour les avions d’affaires de Dassault et Gulfstream.
 
Le cockpit A400M, futur avion de transport de la Composante Air belge, à la construction duquel notre industrie aéronautique nationale est un partenaire important.
 
Pour sa deuxième participation à Paris, Sabena Aerospace (www.sabena-aerospace.com) (voir article HF janvier 2015), née du rachat du site belge de Sabena Technics (groupe TAT) par son équipe de management pilotée par Stéphane Burton, pouvait annoncer la conclusion de quelques nouveaux contrats importants.
Sabena Aerospace développe ses activités et compte maintenant pas moins de sept stations de maintenance en Europe, Moyen Orient et Afrique en plus de son siège de Brussels Airport. L’entreprise a annoncé à Paris la création d’une nouvelle station de maintenance à l’aéroport d’Anvers suite à la conclusion d’un contrat de fourniture de services avec VLM Airlines, qui a redémarré ses activités depuis peu suite à son rachat par SHS Antwerp Aviation.
 
Deuxième participation réussie de la jeune PME Sabena Aerospace au Salon de Paris.
 
La Sonaca (www.sonaca.com) continue à investir pour rester compétitif et suivre le rythme de plus en plus effréné des productions d’avions commerciaux civils. Occupant une position de leader mondial dans les bords d’attaques, la Sonaca se positionne non seulement chez Embraer sur la série E2, mais aussi sur l’Airbus A350, et le Bombardier C Series. En aviation d’affaires, Sonaca fournit notamment à Dassault les « slats » du nouveau Falcon 8X et les bords d’attaque du tout récent biréacteur Pilatus PC-24. Sa filiale Sonaca Aircraft a pu annoncer le premier vol de son monomoteur d’écolage et de loisir, effectué avec succès le 19 juin à Charleroi-Gosselies, piloté par Rémi Artusio. Version ATL dérivée du Sling 2 d’origine sud-africaine, le Sonaca 200 vise une certification EASA et a déjà enregistré une trentaine de commandes, principalement de la part d’écoles de pilotage belges mais aussi de clients français, anglais et allemands. Les premières livraisons pourraient avoir lieu début 2018.
 
Le Sonaca 200 a choisi le jour de l’ouverture officielle du Salon pour effectuer son premier vol.
 
JMB Aviation (www.jmbaviation.be), installé à l’aéroport d’Amougies, est l’importateur et vendeur des ULM VL-3 en Belgique et en France. La firme a vendu plus de cent appareils au cours des trois dernières années, et est aussi propriétaire de JMB Aircraft (www.jmbaircraft.com). Le constructeur implanté en République Tchèque, était présent avec son modèle phare. Le VL-3 est l’ULM biplace côte à côte le plus rapide au monde (260 km/h). Deux avions étaient exposés, dont l’un équipé de son tout nouveau « cargo pack », permettant d’emporter un peu plus de bagages. JMB Aircraft est particulièrement satisfait de sa première participation au Salon de Paris, ayant enregistré une commande ferme pour un client néo-zélandais. Deux autres contrats sont en cours de finalisation. JMB Aircraft va maintenant également s’attaquer aux marchés sud-africain et sud-américain. L’usine tchèque a déjà produit plus de 250 appareils et a une capacité de production de 50 unités par an.
 
JMB Aviation et JMB Aircraft exposaient leur très performant VL-3 équipé d’un panier à bagage bien profilé.
 
Techspace Aero (www.techspace-aero.be), entreprise du groupe SAFRAN, partenaire des principaux constructeurs de moteurs, conçoit, développe et produit des modules, et des équipements et cellules de test de moteurs. L’usine de Milmort en région liégeoise est responsable de la conception, du développement et de la production du compresseur basse pression du nouveau moteur CFM International (Snecma/General Electric) Leap qui sera monté en exclusivité tant sur les Boeing 737 Max que sur le Comac C919 chinois, et équipera environ la moitié des Airbus A320neo (Airbus propose un choix de motorisation entre le CFM Leap et le Pratt & Whitney PW1000G). Ce moteur de nouvelle génération a été conçu par CFM International (société commune de Safran et de General Electric) pour succéder au CFM-56 sur le marché des monocouloirs. Avec une consommation réduite de 15% par rapport à la génération précédente, le Leap bénéficie déjà de plus de 12.000 commandes.
 
Techspace Aero est un partenaire majeur dans les programmes de nouveaux moteurs civils du groupe SAFRAN, le Leap et le Silvercrest.
 
Et outre le Leap, Techspace Aero travaille sur d’autres nouveaux moteurs, notamment le Snecma Silvercrest qui équipera le nouveau Falcon 5X de Dassault, mais aussi le Cessna Citation Hemisphere. La firme liégeoise est responsable de la conception, du développement et de la production du compresseur basse pression, de l’enceinte de palier et du groupe de de lubrication.
 
Candidat affirmé à la succession des F-16 belges, le Lockheed-Martin F-35A a effectué des démonstrations en vol impressionnantes piloté par Billie Flynn.
 
Le secteur de la construction aéronautique bénéficie au niveau des avions civils d’un carnet de commande rempli pour plusieurs années de production. Le marché du successeur de nos F-16 pourrait apporter un complément d’activités intéressant, avec notamment un rééquilibrage entre les activités civiles et militaires. Le savoir-faire reconnu de l’industrie aéronautique belge et le dynamisme de ses managers lui ont permis de se positionner en sous-traitants de pratiquement tous les grands constructeurs mondiaux. Cette situation bénéficie aussi en amont à quantité de PME en sous-traitance, également confrontées à cette nécessité d’investir pour répondre à la demande. Rappelons que le secteur industriel aéronautique belge représente environ 7.000 emplois, la plupart de haut niveau, et contribue plus que favorablement à l’économie belge.
 
Texte et photos Guy Viselé