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Dynali H2S: Une somme de technologies de pointe

Nivelles, le 9 juillet 2009. Nous sommes accueillis par Monsieur Noël Howard-Jones et toute l’équipe de Dynali S.A. dans leurs locaux de Nivelles. On pénètre d’emblée dans un environnement high-tech, sentiment qui ne fera que se renforcer au fur et à mesure de notre visite.

Gros plan sur le bâti-moteur avec le Subaru et la poulie avec les multiples courroies trapézoïdales ; le bidon est le réservoir de droite contenant 40 litres d’essence.

Il était une fois le Chickinox, une success story à la belge
Alors que le mouvement des ultra légers motorisés ou ULM en est à ses premiers balbutiements en Europe, Jacques Tonet, un passionné de sports mécaniques, conçoit un ULM à structure en tubes d’acier inoxydable en 1984 et la baptise Chickinox. L’appareil est à la fois léger et très résistant et vole superbement, alors que c’est un « deux axes ». Le Chickinox est également très économique à l’achat, à l’heure de vol et à l’entretien et démontre vite sa primauté sur les autres ULM. Tous les atouts du succès sont réunis. Jacques Tonet fonde Dynali S.A. et en produira près de mille en l’espace de 16 ans. C’est la success story de la construction aéronautique belge des années 80 et 90.

L’avènement des ULM de seconde génération en matériaux composites et le désir de construire un hélicoptère qui hantait Jacques Tonet depuis longtemps l’incitent à réorienter ses activités, ce qu’il fait d’autant plus volontiers grâce à l’aide de son nouvel associé Thierry Blanchart.

  Le Dynali H2S de belle facture aérodynamique révèle l’accès au poste de pilotage; l’appareil est immatriculé en France.

L’hélicoptère populaire, la technologie de pointe à la portée de tous
Jacques Tonet portait son projet d’hélicoptère depuis longtemps et se lança dans sa concrétisation en 2000. Il monta un prototype d’hélicoptère biplace à moteur Rotax qu’on pourrait qualifier de démonstrateur technique. Le but de la manœuvre était d’appréhender la problématique de l’hélicoptère, mécanique et pilotage, éminemment plus complexe que celle de l’avion.

  Noël Howard-Jones, directeur du marketing de Dynali présente un boîtier de commande du rotor de  queue du H2S entièrement de fabrication maison.

Sans que son enthousiasme ne fléchisse, Jacques Tonet poursuivit son apprentissage à multiples facettes et, du reste, vole encore de nos jours avec son prototype demeuré unique et avoue même adorer cela, même si l’engin est quelque peu sous-motorisé. Un de ses collègues dit même, avec un sourire en coin, que si l’hélicoptère a deux sièges, l’un est pour emporter Jacques Tonet et l’autre ses tartines…

Après quatre ans d’apprentissage et d’expérimentation, le prototype de l’hélicoptère Dynali H2S sort d’atelier fin 2004 et fera ses premières apparitions publiques en mai 2005 aux Helidays de Bierset et en juin de la même année au Salon du Bourget. Il est immatriculé F-PHII au registre français afin d’entamer ses essais. Il s’avère qu’en aviation aussi la Belgique soit un pays archi-compliqué et que la France a été choisie pour éviter les complications et les pertes de temps immanquablement engendrées par le passage sous les fourches caudines des trois administrations belges concernées.

Bertrand Wouters, technicien chez Dynali, montre un pied de pale de rotor taillé dans une pièce de fonte d’aluminium par l’une des deux machines-outils à commande numérique de dernière génération.

Les essais sont effectués par Daniel Michau qui est le chef pilote de Dynali et ancien pilote d’hélicoptères de l’ALAT (Aviation Légère de l’Armée de Terre) française. Il est également pilote instructeur sur voilures tournantes, est qualifié sur 20 types d’hélicoptères et a plus de 13.000 heures de vol au compteur… et, comme il le dit avec humour, l’hélicoptère étant un engin vibrant et bruyant, il devient légèrement dur de la feuille ! Quelques 700 heures de vol sont accumulées en moins de quatre ans à la satisfaction générale en termes de cellule et de motorisation : un moteur automobile Subaru de 2.500 cm³ dont la puissance a été modifiée.

La structure de base d’un hélicoptère H2S en tubes d’acier inoxydable soudés vue ici au banc en atelier.

Ces essais et résultats encourageants permettent de nourrir le dossier pour l’obtention du certificat d’éligibilité HNSK classe 2 auprès de la DGAC française (Direction Générale de l’Aviation Civile) pour la construction en kit. Dès la conception de l’hélicoptère, il était prévu de le livrer en kit prêt à monter comprenant les pièces préfabriquées qu’un acheteur habile peut monter. La préférence va toutefois, en termes de montage, à un atelier aéronautique agréé dans le pays de l’acquéreur. Au besoin, l’acheteur peut venir en effectuer le montage dans les ateliers de Nivelles avec l’aide et sous la supervision des techniciens de Dynali.

Le Dynali H2S a prouvé ses capacités dans des conditions extrêmes lors d’essais et la DGAC en a sanctionné les performances par un document officiel, lequel permettra d’obtenir un certificat de navigabilité par équivalence dans de nombreux pays reconnaissant les compétences de la France en la matière.

Le boîtier de commande du rotor anti-couple; la petite fenêtre permet de vérifier la lubrification du mécanisme ainsi que la présence de limaille indésirable.

Un outil de production adapté pour un hélicoptère de technologie avancée
L’attestation d’éligibilité clôturait le programme d’essais du prototype et permettait de lancer la construction d’une présérie d’hélicoptères en 2007.

L’outil de production implanté dans de nouveaux locaux sis dans la zone industrielle de Nivelles dispose de machines à commande numérique de dernière génération. Celles-ci permettent d’usiner avec une extrême précision les pièces mécaniques maîtresses de l’appareil. Il s’agit du châssis, c’est à dire l’élément structurel de base, fabriqué en tubes d’acier inoxydable soudés et dit « à déformation progressive » ainsi que du train d’atterrissage à patins à voie large et encaissant les chocs les plus sévères lors d’atterrissages brutaux ponctuant les descentes en autorotation ou effectués par des élèves, l’hélicoptère étant à double commande.

Le Dynali H2S vu de l’arrière montre bien son rotor de queue à huit pales en carbone monté dans un fenestron caréné.

Des pièces massives taillées dans des blocs de fonte d’aluminium et vitales sur le plan mécanique ou de la transmission de puissance sont intégralement usinées chez Dynali, notamment les poulies des courroies, moyeux et arbres de rotor de queue, pieds de pales de rotor, pignons et cardans de tous types. Le moteur est fabriqué chez Subaru et monté sur les appareils chez Dynali.

La partie cellule de l’hélicoptère est tout aussi innovante, car l’habitacle et les carénages sont réalisés en kevlar et en matériaux composites avec la partie vitrée faite de deux demi-coques de plexiglas assemblées par des rivets. La poutre de queue est en carbone, tandis que le rotor est réalisé en fibres composites bobinées fil à fil et le rotor anti-couple caréné se compose de 8 pales en carbone.

Le tableau de bord optionnel à affichage numérique dit « glass cockpit » avec au-devant le manche à balai en Y unique pour les deux pilotes.
Le tableau de bord en livraison standard avec instruments analogiques.

Un premier bilan très prometteur
L’hélicoptère Dynali H2S est d’un aérodynamisme et d’une modernité indéniables. A fin juin 2009, 19 appareils avaient été fabriqués et les commandes entrent régulièrement, justifiant la construction d’un nouveau hall de montage de 1.300 m² sur le site de Nivelles et la recherche d’infrastructures industrielles plus vastes dans la région de Mons afin de lancer la production industrielle du H2S avec une cadence prévue de 8 appareils par mois.

Mais le H2S a un potentiel de développement considérable, preuve de sa conception technique avant-gardiste et Dynali prévoit la mise en chantier, dans un futur proche, de la version H2T (à turbomoteur) et H4 (quadriplace) ayant 80% de pièces en commun avec le biplace.

Phénomène inhabituel, un contrat a été signé avec la firme israélienne Aeronautics pour un développement UAV (Unmanned Aerial Vehicle) ou drone du H2S avec un carénage visant à rendre l’engin furtif aux radars. Une version militaire armée de l’hélicoptère H2S est en cours de développement en collaboration avec la Fabrique Nationale de Herstal.
Bien entendu, il s’agit là de cas particuliers, car le Dynali H2S peut accomplir toutes les tâches et missions dévolues traditionnellement à l’hélicoptère (école, surveillances variées, recherches et sauvetages, patrouilles de police, détection des incendies de forêt, etc.).

L’infrastructure commerciale de Dynali (vente, distribution et maintenance) couvre d’ores et déjà la Belgique et la France, mais aussi l’Afrique du Sud et le Canada dont l’agent importateur vient de recevoir un premier exemplaire qu’il présentera en vol lors de la grand-messe de l’aviation mondiale à Oshkosh en août 2009, ce qui devrait permettre son introduction à brefs délais sur le marché américain.

  Pieds de pales de rotor taillés d’une pièce par les machines spéciales à commande numérique.

Top performances, prix compétitif
Le Dynali H2S croise à 165 km/h et la consommation de son moteur, à raison de 30 litres à l’heure, lui confère une autonomie de 3 heures à charge maximale. Tous les H2S sont à double commande et livrés ex-usine avec un tableau de  bord complet analogique (le numérique avec GPS est en option). L’habitacle spacieux accueille sans problèmes des passagers corpulents pour une charge utile de 245 kg.

  Toute l’équipe qui anime Dynali : de gauche à droite : Jacques Tonet, administrateur délégué et directeur technique qui est le concepteur du H2S, Noël Howard-Jones, marketing & general manager, Daniel Michau, chef pilote avec plus de 13.000 heures de vol au compteur et Khalid Boumalek, ingénieur en mécanique spécialisé en aéronautique.

Comme dit plus haut, chaque appareil est vendu en « knock-down kit », c'est-à-dire qu’il a été assemblé intégralement en usine et a subi un équilibrage final par stroboscope pour détecter et éliminer les vibrations inhérentes à la formule hélicoptère avant mise en kit pour expédition. Le prix du kit du Dynali H2S départ usine est fixé à 93.000€ (pratiquement le prix d’un gros SUV) pour se rapprocher, avec le montage d’avionique complémentaire, de 100.000€. Son concurrent le plus direct est l’hélicoptère léger le plus vendu au monde qui est le Robinson R22 vendu, départ usine, aux alentours de 180.000€. On ne peut qu’être d’accord avec l’affirmation du chef pilote Daniel Michau, à savoir que le H2S présente le rapport performances/prix le plus fantastique sur le marché mondial.

Le tout premier prototype d’hélicoptère à moteur Rotax réalisé par Dynali avec son concepteur, Jacques Tonet, aux commandes.

L’hélicoptère léger biplace Dynali H2S de conception et de fabrication belge constitue une synthèse des avancées technologies du début du 21ème siècle. Son potentiel de développement à moyen et long terme ne manque pas de souffle. Parallèlement, le concept de marketing de l’appareil lui a déjà valu un succès certain et permet de lui en prédire davantage à l’avenir. Nous ne pouvons donc souhaiter à Dynali et à toute son équipe que l’avenir brillant qu’elles méritent  assurément.

Jean-Pierre Decock
Photos: Paul Van Caesbroeck

DYNALI H2S
CARACTERISTIQUES: longueur : 6,546 m / hauteur : 2,614 m / largeur habitacle : 1,470 m / diamètre du rotor : 7,22 m / surface du disque du rotor : 40,96 m² / diamètre du rotor de queue : 0,84 m.
PROPULSEUR: un moteur SUBARU DS EJ 25 à injection de 4 cylindres à plat refroidi par liquide et développant 165 CV.
PERFORMANCE : vitesse maximum : 190 km/h / vitesse de croisière : 165 km/h /poids à vide : 440 kg / poids maximum : 685 kg / plafond : 3.700 m / autonomie : 3 h / distance franchissable : environ 500 km.

Pour plus d’informations: www.dynali.be