-A A +A

Vols dans un nid de bourdons: premier Slingsby Meet en Belgique

Saint-Ghislain 25 mai 2013. Le premier « Fly-in » d’avions Slingsby, organisé à l’initiative des pilotes belges « fans » de cet avion remarquable, mais relativement peu connu des non-initiés, s’est déroulé lors d’un rare samedi ensoleillé et volable d’un mois de mai peu printanier. Succès de l’événement, pas moins de quatre des six Slingsby volant en Belgique étaient au rendez-vous, et une véritable escadrille d’avions luxembourgeois ont répondu positivement à l’invitation pour assister à l’événement. Le spectacle fut assuré par une présentation acrobatique de l’Extra 300 de Jean-Frédéric Pelletier, basé sur le terrain de Saint-Ghislain, suivi d’entraînement acro sur les différents Slingsby présents, et culmina avec un décollage de quatre T67 suivi d’un survol en formation et d’un éclatement final.
 

 

Un alignement rare: quatre des six Slingsby T67 se retrouvent au premier Slingsby Meet à Saint-Ghislain.

Il faut savoir que les T67, déclinés en différents modèles, sont tous acrobatiques, et que les machines présentées et leurs pilotes participent aux Championnat de Belgique d’acrobatie qui se déroulent à Saint-Hubert du 12 au 15 juin. 

 

Décollage du T67M260 G-BWXV.

 
Les Slingsby T67
Les origines du T67 remontent au développement par René Fournier du motoplaneur RF-6 dont le premier vol a lieu en 1974. Fournier en construit seulement une quarantaine d’exemplaires, motorisés par un Continental O-200 de 100 cv, avant d’arrêter la production. Une version quadriplace, le RF-6C, est développée en Allemagne par Sportavia sous la désignation RF-6C, mais doit être fondamentalement modifiée en raison de problèmes de stabilité et devient le RS-180.
 
La firme anglaise Slingsby Aviation rachète les droits de développement du RF-6 en 1981 et redonne une nouvelle vie à cet intéressant biplace d’entrainement de base, permettant l’acrobatie. De construction bois, la première version, dénommée T67A, était pratiquement identique au Fournier RF-6B, mais motorisée avec un Lycoming O-235 donnat 20 cv de plus de puissance, et n’est fabriquée qu’à six exemplaires. Le T67B, certifié en 1984, est produit à 14 exemplaires, et se caractérise par l’utilisation de matériaux composites en remplacement du bois tout en gardant la même motorisation (120 cv).
 
Visant les marchés de la formation « ab initio » militaire, Slingsby développe le T67M. Produit à 32 exemplaires, il introduit la dénomination « Firefly » et permet des figures en « G » négatifs grâce à son moteur à injection Lycoming AEIO320-D1B de 160 cv et son hélice bipale constant speed Hoffman HO-V72L-V/180CB. Dans la version T67M MkII la verrière d’une pièce est remplacée par un modèle en deux parties, et dispose de deux réservoirs d’ailes au lieu du seul réservoir de fuselage du modèle précédent.
 

 

Le OO-STK est un T67M équipé du moteur de 160 cv. Il est basé à Saint-Ghislain.

 
Une version civile, le T67C Firefly Mk II, en est dérivé, mais sans la possibilité de vols inversés. Elle est produite à 28 exemplaires.
 
La course à la puissance continue, avec le T67M200, motorisé par un Lycoming AEIO360-A1E de 200 cv et équipé d’une hélice d’une hélice tripale Hoffman, qui est certifié en juin 1987 et produit en 26 exemplaires. Il est suivi fin 1993 par la version finale, le T67M260. Avec les 260 cv de son Lycoming AEIO540-D4A5, elle est plus de deux fois et demi plus puissante que le RF-6 original! Produit à 51 exemplaires, le T67M260 Firefly sera utilisé avec succès pour l’entraînement des pilotes anglais et d’autres nations du Commonwealth dans le cadre du Joint Elementary Flying Training School (JEFTS.)
 

 

 
Ce T67M200 a gardé les couleurs de son ancien utilisateur, la Royal Hong-Kong Auxiliary Air Force, et son code militaire HKG-13, mais est certifié civil et immatriculé  G-BXKW. On remarque l’hélice tripale peinte en zébré noir et blanc.
 
Toutes versions confondues, un peu plus de 270 Slingsby T67 ont été produits de 1981 à 1995.
 
Au sein de la Royal Air Force, 22 T67M260 sont utilisés de 1995 à 2010 pour la formation de base de ses pilotes et voleront plus de 100.000 heures au départ de Barkston Heath. C’est sur une de ses machines que le Prince William effectue son écolage de base comme officier-pilote en 2009.
 
Parmi les autres utilisateurs militaires, citons la Royal Jordanian Air Force où il est toujours en service, et la Royal Hong Kong Auxiliary Air Force, qui en utilisera quatre de 1987 à 1996 (dont deux volent maintenant en Belgique), et, aussi l’US Air Force qui en commande pas moins de 114 exemplaires, désignés T-3A, en 1992. Cependant, suite à trois accidents mortels au milieu des années nonante, l’avion fut, à tort, mis en cause et retiré du service alors que les enquêtes officielles ultérieures de l’USAF ont attribué ses crashs à des erreurs de pilotage.
 
Les versions militaires du T67 étaient officiellement désignées Firefly, ce qui se traduit par luciole, mais les pilotes lui ont rapidement attribué le nom d’un autre insecte, le bourdon, dont le bruit en vol traduit la force des moteurs des versions les plus puissantes.
 

 

Michel dans le cockpit du T67M260 G-BWXV, et l’insigne du bourdon, qui symbolise la puissance sonore.

 
Depuis la fin de sa carrière militaire, le Slingsby T67 est fortement recherché par des propriétaires privés attirés par ses qualités comme avion d’entraînement de base permettant le vol acrobatique, et de nombreux exemplaires volent dans plusieurs pays, dont la Belgique.  
 
Dans sa version T67M260, il a une envergure de 10,69 mètres et une longueur de 7,55 mètres, avec une surface alaire de 12,6 m2. Son poids à vide est de 794 kgs et son poids maximum au décollage de 1.157 kg. Au niveau des performances, notons une vitesse maxi de 152 knots (281 km/h), une vitesse de croisière de 140 knots (259 km/h), et une vitesse de décrochage de 54 knots (100 km/h). Son autonomie est de 407 miles nautiques (753 km), et son plafond de 19.000 pieds (5.790 m). Le taux de montée est de 1.380 ft/min.
 
Les Slingsby en Belgique
Le premier Slingsby belge est introduit en 1987 par Ercovan bvba. Il s’agit d’un T67M160 serial number 2010, anciennement G-BLER, qui est immatriculé OO-VAD.
 
Il est suivi en 2003 par le T67C3 (160 cv) serial number 2087 OO-SGF.Il s’agit d’une machine utilisée précédemment par la Rijksluchtvaartdienst hollandaise, et utilisé au départ de Spa par E. Griez. Il ne restera belge que quelques mois avant de redevenir hollandais (PH-SGF), puis revendu en France.
 

 

L’autre T67M200 ex- RHKAAF, le HKG-11( G-BYRY)  n’a pas pu participer au Fly-In, son propriétaire étant à l’étranger. Il est notamment utilisé pour l’entraînement au « spin recovery » des instructeurs professionnels.

 
Le troisième Slingsby belge est un T67M160 serial number 2018, originellement livré à un client civil suisse (HB-NBC), puis devenu slovène (S5-DGS, avant d’être immatriculé belge (OO-STK) par un propriétaire pirivé et basé à Leopoldsburg en avril 2005. Il est racheté par un autre privé en 2006 et est basé à Saint-Ghislain.)
 
Plusieurs autres Slingsby sont basés en Belgique mais sont restés sous immatriculation britannique, dont deux exemplaires originaire de la Royal Hong Kong Auxiliary Air Force, dont ils ont conservé la livrée exotique. Il s’agit du HKG-11 (G-BYRY), un T67M200 serial number 2042, qui a été utilisé notamment par la BAFA pour l’entraînement à la vrille des instructeurs professionnels, et du  HKG-13 (G-BXKW), serial number 2061, également mis en œuvre au départ de Saint-Ghislain.
 

 

 Les deux « 260 cv » (G-BWXV et G-BWXL) taxient pour un vol en formation devant les hangars de Saint-Ghislain.

 
Last but not least, la version 260 cv est aussi présente chez nous, avec deux T67M260, le G-BWXL (serial number 2247), basé à Leopoldsburg, et  le G-BWXV (serial number 2256), basé à Saint-Ghislain.
 
La communauté Slingsby belge partage en commun sa passion pour un avion qui allie l’élégance et la finesse de l’aile des motoplaneurs Fournier à une configuration biplace côte à côte très conviviale pour les deux occupants, avec des qualités acrobatiques qui permettent non seulement l’entraînement mais aussi la participation aux compétitions. Si effectivement l’aile Fournier est un handicap en figures tournantes (elle demande beaucoup plus de travail que d’autres avions tels que le Marchetti auquel on peut le comparer), elle apporte aussi le plaisir du défi de maitriser ce handicap.
 

 

Thierry, l’ organisateur du premier « Slingsby Meet. »

 
 
L’idée d’un premier rassemblement Slingsby s’est développée au départ de Saint-Ghislain, où la bande de copains-pilotes, Michel, Thierry , Jean-François , Guillaume et quelques autres prennent l’initiative d’une invitation à un « Slingsby Fly-In », avec un sponsoring de la société TC Trading and Consulting. 
 
 

 

Le départ des quatre T67 pour le vol en formation.

 
Les autres « Slinsgbistes » belges répondent largement présent, et c’est ainsi que nous avons eu le plaisir de rencontrer ce club informel le 25 mai. La préparation du BLAC (Belgian and Luxemburg Aerobatic Championship) de juin fut un des points forts car la plupart des pilotes belges de Slingsby y participent avec plusieurs machines. Les possibilités de vol en formation sont explorées, en utilisant l’expérience en la matière de quelques pilotes ex-Force Aérienne. Ce qui nous vaudra un magnifique survol en formation se cloturant par le « break » traditionnel des patrouilles acrobatiques. De quoi donner des idées à certains pour la prochaine saison…
 

 

L’éclatement final après le passage en formation.

 
 
Texte et photos: Guy Viselé