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CJPRSC à Florennes

Florennes, le 2 octobre 2014. La base aérienne belge organisait pour la troisième fois un Combined Joint Personnel Recovery Standardisation Course (CJPRSC.) Depuis la création de l’European Air Group ou Groupe Aérien Européen (EAG) remonte à 1998 avec l’extension du Franco-British European Air Group (mis sur pied en 1994) par l’arrivée de la Belgique, des Pays-Bas, de l’Allemagne, de l’Espagne et de l’Italie comme partenaires effectifs. Cet établissement supranational a engendré le GAE effectivement opérationnel, lequel a créé en 2012, sous l’égide du Général Denis Mercier chef d’état-major de l’Armée de l’Air, un pôle européen de rescousse du personnel, mieux connu en tant qu’European Personnel Recovery Centre. Celui-ci est le prolongement logique du CJPRSC qui a vu le jour en 2006 et qui développait son huitième cours en conditions proches de la réalité en ce début octobre à Florennes

EC 725 Caracal de l’EH 1/67 Pyrénées en approche vers le FARP (Forward Arming & Refuelling Point), c'est-à-dire poste en campagne de ravitaillement et de réarmement; à noter, la perche de ravitaillement en vol dont seuls les Caracal sont munis parmi les intervenants de l’exercice, ainsi que la boule FLIR (Front Looking Infrared Radar) à la base du nez et les deux mitrailleurs de sabord aux aguets.

L’EAG/GAE et ses rouages opérationnels
Le Groupe Aérien Européen est, en quelque sorte, une grosse « machine de guerre » alliée au niveau de l’Union Européenne et au sein de l’OTAN. Ce groupe multinational se compose de nombreux départements spécialisés, dont la création et le fonctionnement ont été rendus possibles par la mutualisation de moyens matériels et de personnel, y compris d’état-major, de plusieurs nations européennes dans une volonté affirmée d’interopérabilité, génératrice d’un meilleur savoir-faire opérationnel et d’une réduction des coûts.

Le GAE se projette dans six pôles d’activité, à savoir l’European Air Transport Command ou EATC en abrégé (www.hangarflying.eu/fr/content/eatc-une-s%C3%A9rieuse-avanc%C3%A9e-pour-l%E2%80%99europe), logistics, air ops ground et air ops flying (opérations aériennes au sol et en vol), CIS (communication & information systems) et l’ERPC (European Personnel Recovery Centre) qui est l’aboutissement en 2014 des CJPRSC tenus depuis huit ans et dont le dernier opus fait l’objet du présent article.

Outre ces six pôles clairement identifiés, l’EAG/GAE s’astreint encore au développement d’autres secteurs opérationnels ou de support comme, par exemple, l’AAMC (Advanced Aviation Medicine Course), la cyber défense, les FARP (Fuel support and forward Arming & Refuelling Points) ou postes avancés de ravitaillement et de réarmement ainsi que quelques autres domaines d’opération ou de servitude.

Le quartier-général de l’EAG/GAE est implanté à RAF High Wycombe en Grande-Bretagne et celui-ci est placé sous le commandement de l’Air Chief Marshall Sir Andrew Pulford.

Les deux Sikorski CH-53G Stallion des Heeresflieger allemands présents à Florennes, dont l’un marqué ISAF indique sa participation à la force internationale d’intervention en Afghanistan.
La paire de SA 432F Gazelle de l’ALAT du 3ème Régiment d’Hélicoptères de Combat déployés à Florennes.

European Personnel Recovery Centre (ERPC)
Les sept chefs d’état-major de leurs forces aériennes respectives ont décidé, lors de la réunion plénière du groupe de gestion de l’EAG/GAE le 13 juillet 2013 à Madrid, de créer l’EPRC et celui-ci s’est concrétisé en juillet 2014. Son objectif est d’extraire tout membre du personnel (généralement pilote ou navigant) militaire ou des personnalités civiles se trouvant en territoire hostile ou en zone ennemie. Ces missions sont vitales pour l’efficacité opérationnelle autant que le moral des effectifs militaires engagés, de même que pour l’information des médias conditionnant l’attitude et le support du grand public vis-à-vis des forces armées.

Les missions de récupération de personnel sont loin d’être anodines ou de simples coups de main vite fait, bien fait… Elles requièrent, dans un laps de temps extrêmement bref, d’opérer le choix des moyens à mettre en œuvre ainsi qu’une rigoureuse planification, ce qui ne peut se concrétiser sans l’implication de nombreux spécialistes, dont les pilotes et les commandos héliportés constituent la partie émergée de l’iceberg. L’éventail des moyens et des machines est vaste et leur emploi judicieux exige une évaluation serrée et une mise en œuvre qui ne le sont pas moins. Il est prévu que le cadre légal et structurel de l’EPRC ainsi que son port d’attache seront déterminés pour juillet 2015, l’interopérabilité et la maîtrise opérationnelle ne pouvant s’acquérir et bonifier que par le biais d’exercices réalistes tels que les CJPRSC conduits sur base annuelle depuis 2006.

L’un des deux Agusta-Bell AB 212 mis en œuvre par le Gruppo 21 « Tigre » de l’aviation militaire italienne.
La participation polonaise était substantielle et comprenait deux PZL Swidnik W-3W Huzar armés ainsi que deux hélicoptères d’assaut Mil Mi-24D Hind lourdement armés.
Deux SA 332B Super Puma HD21 de l’Escuadron 803 de la force aérienne espagnole.

CJPRSC en Belgique
Le dernier Combined Joint Personnel Recovery Standardisation Course en date vient de se dérouler à Florennes du 24 septembre au 9 octobre derniers. Quelques 400 participants et 23 hélicoptères y participaient en provenance des pays constituant le Groupe Aérien Européen (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Grande-Bretagne, Italie et Pays-Bas) ou de pays invités ou observateurs (Hongrie, Pologne, Suède et Etats-Unis.) Les hélicoptères étaient répartis en plusieurs groupes opérant tour à tour, chacun comprenant un élément d’appui-feu rapproché et une plate-forme de sauvetage. La manœuvre comportait aussi des moyens de reconnaissance sur zone hostile, en l’occurrence des UAV (drones) B-Hunter de la 80ème escadrille UAV belge et des avions d’appui-feu, soit des F-16AM belges du 2ème Wing Tactique. Le scénario de l’exercice concernait d’abord le renseignement acquis suite à l’observation par drone B-Hunter du secteur où se trouvait le personnel à récupérer, la phase suivante concernait le survol de celui-ci par des F-16AM armés et prêts à intervenir sur demande des commandons héliportés pour intimider les éléments hostiles par des tirs au canon de bord, voire le largage de bombes pour les annihiler. C’est ensuite que les hélicoptères venaient évoluer sur zone, d’abord les appareils armés la survolant durant toute l’opération, prêts à intervenir au plus près en cas de menace, et ensuite des hélicoptères de sauvetage déposant d’abord les commandos spécialisés pour redécoller aussitôt et s’éloigner en attendant le signal des troupes au sol pour revenir se poser l’un après l’autre, le temps de les rembarquer et d’emmener le personnel secouru pour quitter les lieux et rejoindre le territoire ami.

Décollage aile dans aile des F-16AM FA72 et 127 du 2ème Wing Tactique de Florennes assurant l’appui-feu sur la zone d’opérations.
Le MI-24D Hind (739) polonais en appui-feu rapproché sur le secteur d’intervention.
Le Caracal (SD) vire sec pour venir se poser dans la clairière où seront déposés les commandos chargés de récupérer le « personnel ».

Les hélicoptères ainsi que les pilotes et équipes au sol présents pour le CJPRSC permettaient la mise en œuvre de plusieurs binômes appui-feu et plate-forme de sauvetage. En effet, le tarmac de la zone nord de la base montrait un bel alignement composé de deux hélicoptères Sikorski CH-53G Stallion des Heeresflieger (aviation de l’armée de terre allemande), deux SA342F Gazelle du 3 RHC (3ème Régiment d’Hélicoptères de Combat) de l’ALAT (Aviation Légère de l’Armée de Terre) basé à Etain, deux EC 725 Caracal de l’Escadron d’Hélicoptères 1/67 Pyrénées basé à Cazaux, deux Agusta-Bell AB 212 du 21 Gruppo « Tigre » de l’Aeronautica Militare Italiana spécialisé dans les missions de combat SAR (recherche et sauvetage) venus depuis leur base de Grazzanise, deux SA 332B Super Puma HD21 de l’Escuadron 803 basé à Cuatro Vientos au sud de Madrid en Espagne, deux PZL Swidnik W-3A Huzar ainsi que deux Mil Mi-24D Hind de l’armée polonaise.

Le deuxième Caracal (SK) vient de débarquer ses commandos qui se déploient dans la zone de récupération du personnel tout en protégeant l’hélicoptère, très vulnérable lorsqu’il est au sol.
Le Caracal (SD) de l’EH 1/67 Pyrénées vient de se poser le temps d’embarquer un blessé.

Toutefois, la manip du 2 octobre à Florennes mettait en œuvre une paire de F-16AM du 2ème wing ainsi que deux hélicoptères MIL Mi-24D Hind polonais du 49ème ou 56ème régiment d’hélicoptères de combat pour le soutien armé rapproché et deux EC 725 Caracal de l’EH 1/67 Pyrénées de l’Armée de l’Air comme plates-formes de sauvetage. Il faut dire que cet escadron est l’un des grands spécialistes RESCO (rescousse et combat) au sein du GAE et même de l’OTAN, ayant accompli avec succès de telles missions dans les Balkans et, plus récemment, en Afghanistan et en Lybie.

Une démo FARP pour corser l’exercice
A l’issue de la manœuvre dynamique de récupération de personnel en zone hostile, une démonstration de ravitaillement en campagne a clôturé l’exercice. Des camions-citernes et autres véhicules étaient en position avancée à distance intermédiaire entre la base de départ et le secteur d’intervention. Les deux Caracal de l’EH 1/67 Pyrénées sont venus atterrir au plus près des véhicules logistiques pour compléter les pleins de leurs réservoirs par un « hot refuelling », soit un ravitaillement par un point unique et moteurs/rotors tournant.

Le deuxième Caracal (SK) prêt à embarque le « personnel » à récupérer, de même que les commandos chargés de sa protection afin de les extraire de la zone hostile.
Mission accomplie, les deux Caracal français arrivent au poste avancé de ravitaillement en carburant, armes de sabord et mitrailleurs prêts à intervenir.
Hot refuelling ou ravitaillement en carburant du Caracal (SK) moteurs et rotors tournant ; le mécanicien de bord supervise l’opération qui va se dérouler avec beaucoup de célérité.

Les FARP sont exclusivement réservés aux hélicoptères commis à la rescousse et au sauvetage de personnel, étant donné le profil de leur mission, à savoir intervenir relativement loin de la base et donc à la limite de l’autonomie des appareils, le FARP servant ainsi à assurer le plein succès de la mission.

Les situations nécessitant des interventions aériennes militaires se sont radicalement modifiées au cours de la dernière décennie et il est rassurant de voir que les états-majors ont fait évoluer les tactiques et la mise en œuvre des moyens matériels et humains pour mieux accomplir les missions qui leur sont dévolues. Les forces armées gardent ainsi leur potentiel opérationnel au niveau le plus élevé mais dans un contexte multinational (OTAN et surtout Union Européenne) propice à la mutualisation, l’interopérabilité et l’économie en termes de coûts opérationnels. Les initiatives du GAE/EAG ne peuvent donc qu’être vivement encouragées.

Remerciements à l’Adjudant-chef Philippe Van Huyck d’IPR-Comopsair.

Texte et photos: Jean-Pierre Decock