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Air Service Liège

Anvers, 10 janvier 2011. Le secteur de l’aviation d’affaires connaît, malgré la crise, un développement important, y compris en Belgique. L’un des acteurs principaux, ASL s’est imposé en tant qu’opérateur majeur de turbopropulseurs et de jets d’affaires, et a créé un nouveau marché en tant que spécialiste du corporate shuttle et d’autres « niches » très spécifiques.

Evolution de la flotte
ASL démarre les opérations en 1998 avec un bimoteur à piston Piper Seneca (OO-MLF). Le siège social est à Hasselt et les initiales signifiaient Air Service Liège, car le premier avion était basé à Bierset.

  Le premier avion d’ASL, un Piper Seneca, a été revendu à BFS et vole encore en Belgique.

En fonction des besoins de la clientèle et de l’évolution du marché, l’entreprise a connu une expansion par étapes, la flotte a évolué et grandi, et l’exploitation s’est déplacée d’abord à Maastricht, puis à Anvers et s’étendra prochainement aussi à Kortrijk-Wevelgem. Le nom de la compagnie n’a pas changé et est resté sous la forme abrégée ASL. Le premier biturbopropulseur, un Beech King Air 200 (OO-LET) fait son apparition en 1999, et est toujours en service.

En 2003, l’entreprise comptait quatre avions, deux bimoteurs à pistons (le Seneca et un Cessna 340) et deux biturbopropulseurs (le King Air et un Embraer Xingu). Le premier jet, un Cessna 525 CitationJet (OO-CEJ), est introduit en 2004. 2006 voit l’arrivée d’un avion de plus grande capacité, le Beech 1900D (OO-PHB), qui ouvre la voie au petit charter et au corporate shuttle, avec une capacité de 18 sièges passagers. La même année, un King Air 350, le OO-GMJ, rejoint la flotte grandissante. 2007 voit l’arrivée d’un CJ2 (OO-FLN) et d’un CJ3 (OO-EDV). Et l’axe de développement est tracé: en jet, c’est la famille des Citation qui grandira, et en turboprop celle des King Air, avec notamment un B200C (OO-ASL) à porte et plancher cargo, rapidement convertible de version passagers en frêt. 2008 voit l’arrivée du premier Very Light Jet en Belgique, le Citation Mustang (OO-PRM), et celle d’un CJ2+ (OO-ACC). Un deuxième Mustang (OO-ACO) est livré en 2009. En 2010, pas moins de cinq nouveaux avions rejoignent la flotte: un troisième Mustang (OO-RAM), un King Air 350i (OO-OCA), un Pilatus PC-12 (OO-GEE),  le Dornier 328 (OO-ELI) et, livré en décembre, un Citation Excel XLS+ (PH-PKD). La flotte actuelle comprend pas moins de 15 avions.

Le premier King Air d’ASL, le OO-LET.

L’approche ASL
Philippe Bodson, Administrateur délégué de ASL, a obtenu sa licence de pilote professionnel IFR en 1993. Il nous confie « j’ai fait de mon hobby mon métier », et crée ASL en 1998. En tant que pilote, il est qualifié sur les différents modèles de King Air. Outre ASL, il gère aussi une entreprise d’organisation d’événements. Ce qui lui permet une collaboration entre les deux activités, sous forme par exemple de mise à disposition du hangar ASL d’Anvers, cadre exceptionnel, original et sécurisé, pour certains événements.

  Philippe Bodson, CEO d’ASL, est aussi pilote et qualifié sur King Air.

Lorsqu’on lui demande ce qui différencie ASL des autres acteurs du secteur, il insiste sur l’approche plus personnalisée d’une petite entreprise, où la relation avec le client s’établit de personne à personne. Moins capitalisée (1.500.000 euros) que ses consoeurs, ASL gère les avions de ses clients et les rentabilise par la location en taxi aérien et en charter: la firme ne possède en propre que trois machines. La mentalité de l’équipe est entièrement orientée vers le service au client. Cela commence par le processus d’évaluation du type d’avion qui correspond le mieux aux besoins du client, puis la recherche sur le marché, la négociation et l’achat de l’avion, sa livraison, son imatriculation, sa certification. L’expérience professionnelle du team ASL permet le meilleur choix et évite bien des déboires dans un domaine hautement spécialisé. L’entreprise gère ensuite l’avion du client (aircraft management), organise la préparation des vols, fournit les équipages, et assure à la fois les vols privés du propriétaire et les vols commerciaux vendus par ASL. La société dispose d’un  Air Operators Certificate (AOC) qui lui permet d’opérer des vols taxi et charter, ce qui permet une meilleure utilisation des avions, les heures commercialisées s’ajoutant à celles du propriétaire, et permettant une diminution du coût de l’heure de vol de celui-ci.

Le Beech 1900D OO-PHB en courte finale de la piste 25R à EBBR.

ASL dispose d’un team de pilotes qualifiés, tant sous contrat d’emploi qu’en freelance, ce qui lui permet une réponse souple en fonction des fluctuations de la demande. Au niveau technique, l’entreprise n’effectue que la line maintenance. Philippe Bodson estime qu’il est plus avantageux pour le client qu’une même société soit en charge à la fois de l’exploitation opérationnelle et technique. Il propose à ses clients le système CAMO (Continuous Airworthiness Maintenance Organisation), avec l’approbation de la DGTA. ASL sélectionne le meilleur atelier en fonction du type d’avion et de la nature de l’opération technique, et ensuite procède à l’examen détaillé des factures en défendant les intérêts du propriétaire. Il évite ainsi le risque de voir l’exploitant à la fois juge et partie.

Private Jet Service
Au niveau de son activité Private Jet Service, ASL gère les avions de propriétaires, effectue des vols d’affaires et de taxi aérien, mais aussi des vols médicaux: rapatriements sanitaires et transports d’organes, pour lesquels la vitesse de réaction et d’exécution est essentielle. Les opérations fonctionnent en H24 et 7 jours sur 7. ASL dispose dans sa flotte d’avions munis d’une porte-cargo (un King Air B200C et le 1900D), et rapidement modifiables de version passager en full cargo.

Le B200C OO-ASL dispose d’une porte cargo de grande dimension. (Photo ASL)

Le secteur du colis express, mais aussi le transport de pièces urgentes, notamment pour l’industrie automobile, se développe en fonction du principe économique du just on time et de la nécessité pour les entreprises de ne pas immobiliser de trésorerie dans des stocks trop importants. ASL offre également des programmes de fractional ownership qui offrent une structure de copropriété permettant pour un investissement moindre qu’un achat à 100% d’avoir une participation dans un avion dont le management est assuré par un professionnel du secteur. Actuellement, deux avions sont gérés en fractional ownership: le Pilatus PC-12 et un Citation Mustang.

Le Dornier 328 OO-ELI est utilisé en corporate shuttle et en charter. (Photo ASL)

Les installations d’Anvers-Deurne, un hangar de 1.500 m2, inaugurées en 2006, ne suffisent plus pour une flotte aussi importante. De nouvelles installations seront inaugurées à Kortrijk-Wevelgem en 2011, et quatre avions (trois de la flotte existante et un appareil supplémentaire) y seront basés.

Corporate Shuttle
Depuis 2006, ASL a complété son éventail d’activités en créant l’agence de voyage ASL Travel, ce qui lui permet de proposer l’organisation complète de déplacements en plus des vols simples. C’est le cas par exemple pour l’organisation de projets incentive autour d’un vol en avion privé, mais aussi l’organisation de vols charter pour des groupes de 9 à 19 passagers, capacité supérieure à celle offerte par la plupart des avions d’affaires, mais désormais disponible tant avec le Beech 1900D qu’avec le Dornier 328. Ce dernier, introduit au début de 2010, est exploité en corporate shuttle entre Munich et Milan pour le compte d’un groupe bancaire.

Une aprtie de la flotte dans le hangar d’Anvers-Deurne: à l’avant-plan le Pilatus PC-12, deux Citation Mustang, deux King Air, et un CJ3.

Volant cinq jours par semaine selon un horaire fixe, il permet au personnel de celui-ci de se déplacer dans des conditions de confort et de sécurité d’un avion d’affaires, selon un horaire fixé par l’entreprise en fonction de ses besoins et de façon économique. Quatre pilotes (trois belges et un allemand) sont affectés à cette opération. L’avion est aménagé en version corporate shuttle offrant 19 sièges dans des conditions de confort supérieures à celles d’un avion de ligne classique sur des vols courts.

Il est assez remarquable de voir une entreprise belge opérer entre le sud de l’Allemagne et le nord de l’Italie, avec un avion  immatriculé OO-.  C’est devenu possible grâce à la libéralisation du transport aérien dans le cadre de l’Union européenne, mais aussi grâce au dynamisme et à l’esprit d’entreprise des dirigeants d’ASL. Ils défrichent un marché nouveau, le corporate shuttle pour des capacités supérieures aux avions d’affaires classiques (généralement limité à 8-9 passagers), mais inférieures aux charters d’avions de ligne. Bien que basé Munich, le Do-328 est aussi disponible en affrêtement, les weekends et en saison d’été. L’autre avion disponible dans ce créneau, le Beech 1900D, est proposé soit en 18 sièges, soit en 12 sièges VIP (triple club seating permettant à trois fois quatre passagers de discuter en face à face).

L’aménagement intérieur du Beech 1900D. (Photo ASL)

L’avenir
Malgré la crise économique, le nombre d’avions d’affaires a augmenté au cours des derniers mois. Ce phénomène un peu curieux s’explique par les avantages inhérents à cette forme de déplacement: vols directs de point à point, flexibilité des horaires choisis par le client, plus grand nombre de destinations potentielles que les vols réguliers, service personnalisé, etc. Mais est aussi la conséquence du boom des commandes de jets d’affaires d’avant la crise, avec des délais de livraisons conséquents. Beaucoup des avions neufs livrés ces derniers mois avaient été commandés avant le début de la récession économique. Si certains ont dû annuler leurs commandes, d’autres ont préféré ne pas perdre des acomptes importants et prendre livraison. Cela se traduit par un paradoxe: il y a plus d’avions d’affaires, mais leur utilisation (nombre d’heures de vol par an) a légèrement baissé.

La plus récente addition à la flotte ASL, le Citation XLS+ a été livré en décembre 2010.

Et c’est là que la structure d’ASL est intéressante. Elle gère pour la majorité de sa flotte des avions appartenant à des clients, et procure à ceux-ci un service de gestion et une commercialisation de la capacité disponible qui en diminue le coût d’exploitation. Par sa recherche de nouveaux marchés spécialisés, ASL a pu ainsi traverser une période économique difficile en accroissant sensiblement sa flotte.

Texte et photos: Guy Viselé