-A A +A

50 ans de journalisme aéronautique

Bruxelles, 6 mai 2012. Ce n’est pas tous les jours qu’on a le privilège de découvrir un ouvrage aéronautique hors du commun. Et c’est le cas du dernier opus de Pierre Sparaco. Lecteur assidu d’Air Revue, Aviastro et Aviation Magazine dans les années soixante et septante, heureux d’avoir dans ma bibliothèque son ouvrage de référence sur la saga Airbus (Airbus, la véritable histoire), j’ai particulièrement apprécié ce vaste panorama de l’aviation des cinquante dernières années sous l’éclairage d’un des meilleurs journalistes aéronautiques.

 

Il y a à peine un peu plus de cent ans que l’aviation du plus lourd que l’air a débuté. Témoin des immenses progrès de ce secteur, et interlocuteur privilégié des plus grands, Pierre Sparaco a débuté une carrière de journaliste spécialisé en aéronautique au début des années soixante. Il a donc eu à la fois l’occasion de rencontrer les pionniers des débuts de l’aviation et de vivre et « couvrir » tous les grands événements du deuxième demi-siècle de l’aéronautique. Européen convaincu, il est italien d’origine, a vécu et travaillé en Belgique avant de s’installer en France. C’est dans notre pays qu’il publie ses premiers livres consacrés à l’aviation, et qu’il fait ses premières armes en tant que rédacteur en chef. Son livre "50 ans de journalisme aéronautique" est un témoignage unique en son genre du vécu des grands moments d’une période particulièrement riche en événements.

Pierre Sparaco est membre de l’Académie de l’air et de l’espace depuis 1997 et en préside la section Histoire, arts et lettres. Il est aujourd’hui l’éditorialiste européen d’Aviation Week et le chroniqueur du site d’actualité aéronautique AeroMorning (http://www.aeromorning.com). Il a publié une quinzaine d’ouvrages dont certains ont été traduits en anglais et en chinois.

Modeste de nature, c’est à l’insistance de son éditeur et ami, Pascal Galodé, que nous devons la parution de cet ouvrage. Ecrire son autobiographie n’est pas un exercice facile. Le livre est bâti autour de grands thèmes, couvrant les grands événements de la période, mais mêlant aussi ses réflexions sur l’évolution de la profession journalistique et de la culture des responsables de communication. L’arrivée d’abord de la télévision, puis de l’internet, a limité le temps de l’analyse et supprimé le recul souvent indispensable entre l’événement et la parution de l’information.

La Belgique
L’imprimeur belge Guillaume Coomans crée en 1965 la revue « Aviation et Astronautique » et Pierre Sparaco en devient le rédacteur en chef. Plus connue sous l’appelation racourcie « Aviastro », ce mensuel devient rapidement crédible avec une ligne de conduite simple et efficace : un dossier dans chaque numéro, une grande réactivité par rapport à l’actualité, et une couverture unique du secteur aéronautique belge. Les grands thèmes furent par exemple la bataille homérique qui opposa, en 1967-1968, Northrop et Dassault, pour le
remplacement des F-84F. Rappelons que la commande des Mirage 5 fut signée par un gouvernement en affaires courantes! Rien de neuf sous le soleil (?) belge, puisqu’en 2011 notre pays a fait la guerre en Libye sans vrai gouvernement…Tous les ingrédients du futur « marché du siècle » de 1974-1975 (qui aboutit à la sélection du General Dynamics F-16 plutôt que le Mirage F1E) étaient déjà réunis à cette époque. Les réflexions de Pierre Sparaco par rapport à l’importance de l’enjeu économique et industriel, à la concurrence acharnée entre le complexe militaro-industriel américain et une industrie européenne dispersée, ainsi que l’absence de politique de défense commune européenne sont particulièrement intéressantes. La Sabena fournissait également une excellente matière. L’industrie belge était suivie avec attention. Après ses heures de gloire d’avant-guerre, elle vécut bien plus de compensations économiques liées à des commandes militaires qu’au développement de ses propres produits, malgré quelques initiatives intéressantes mais peu soutenues par les gouvernants et actionnaires de l’époque. On apprend ainsi que la SABCA avait étudié un projet de biréacteur d’entraînement militaire, le S-60, mais le Fouga Magister l’emporta. Chez Fairey, le petit Tipsy Nipper conçu par Ernest Tips est abandonné et relancé par André Delhamende, son ancien directeur commercial. Le flirt de SABCA, toujours à la recherche d’activités nouvelles, avec le génial concepteur américain Burt Rutan, aurait pu aboutir à la production en Belgique d’un projet d’avion agricole, le Model 480 Predator. Sollicité par Roger Cabiac, patron d’Aviation Magazine, Pierre Sparaco quitte Aviastro après sept années de collaboration et rejoint l’équipe de la revue française dont il deviendra le rédacteur en chef jusqu’en 1992.

Autre grand moment de l’épisode belge de Pierre Sparaco, la création à son initiative, avec son ami Pierre Bary (à l’époque chroniqueur aéronautique du journal « Le Soir »), de l’Aviation Press Club (APC) dont il fut le premier président, et qui réunit encore aujourd’hui les journalistes belges spécialisés en aéronautique.

 

Pierre Sparaco a fait ses premières armes dans notre pays dès 1959. Il publie chez Marabout Flash deux petits livres, « Les Avions Européens » et « Les Avions Britanniques », mettant pour la première fois  à la portée des jeunes passionnés des ouvrages accessibles décrivant et illustrant la production aéronautique de ces pays dans un format et un style comparables aux célèbres Observers Book of Aircraft britanniques.

Un demi-siècle d'événements aéronautiques
Pierre Sparaco suit avec attention l'actualité aéronautique depuis plus de cinquante ans. Il en a vécu tous les grands moments, depuis le lancement du programme Concorde, en 1962 jusqu'à l'entrée en service de l'Airbus A380 et celle du Boeing 787. Il a connu et vécu les nombreuses restructurations et regroupements industriels du secteur, les combats homériques pour l’obtention de contrats (et notamment le fameux « contrat du siècle »), l’aventure extraordinaire du Concorde, la création du consortium européen Airbus, le « roll-out » d’avions aussi fascinants que le Boeing 747 (en 1968…), et bien d’autres événements qu’il a couvert au fil de sa carrière dans la presse écrite tant francophone qu’anglophone. À chaque fois, il s'est rendu où se déroulait l'événement, il a rencontré les responsables au plus haut niveau, industriels et politiques. D'où un témoignage unique en son genre qui rebondit au fil du récit, construit par grands thèmes.Et écrit dans son style unique, maniant à la fois précision et objectivité. Ce récit est unique en son genre, en forme de synthèse, de réflexion et de regard sur l'avenir.

Pierre Sparaco est membre de l’Académie de l’air et de l’espace depuis 1997 et en préside la section Histoire, arts et lettres. Il est aujourd’hui l’éditorialiste européen d’Aviation Week et le chroniqueur du site d’actualité aéronautique AeroMorning (http://www.aeromorning.com). Il a publié une quinzaine d’ouvrages dont certains ont été traduits en anglais et en chinois.
 
"50 ANS DE JOURNALISME AERONAUTIQUE", Pascal Galodé Editeurs, 280 pages.

Guy Viselé